domingo, 23 de agosto de 2015

Sayat Nova

Cinécinéma auteur, 21 heures

Par Louis SKORECKI

Ça valait le coup d'attendre, non ? Ça valait le coup d'y croire. Pas au cinéma, attention. Rien à foutre du cinéma, il a chanté ses dernières chansons il y a longtemps, au moment où il devenait de la télévision aux yeux du monde, au moment où la télévision se transformait en cinéma. Ce qu'annonce Sayat Nova, c'est que le cinéma avait été possible un jour.

­- Comment ça, «avait été possible» ?

­- Avec Sayat Nova, tu fais retour sur l'éblouissement Lumière, un moment que tout le monde a zappé, où quelques spectateurs émerveillés, terrifiés, se demandaient ce qui sortait du projecteur.

­- Quel éblouissement ?

­- C'est quoi cette lumière ? C'est quoi ces fantômes ?

­- Oui, et alors ?

-­ Personne n'avait encore répondu à la question, tu comprends ?

­- Quelle question ?

­- C'était avant que le cinéma ne porte un nom, tu comprends ?

­- Non.

­- Avant et après, c'est pareil. A partir de Sayat Nova, le cinéma n'a plus de nom, tu comprends ?

­- Non.

­- Tout reste possible, tu comprends ?

­- Non.

-­ Paradjanov, c'est saint Paul. Un initié et un traître à la fois. Il parle à une communauté qui ne s'est pas encore constituée. Il n'y a ni chrétiens, ni salles de cinéma. Tu comprends ? Les chrétiens n'ont pas de nom, ils ne s'appellent pas encore chrétiens, tu comprends ?

­- Non.

­- Comment ils s'appellent ?

-­ J'ai oublié.

­- Ils ne s'appellent pas. Ils existent à peine. C'est la communauté de Dieu, la communauté à venir. Le cinéma de Paradjanov, c'est pareil. Il n'a pas de nom, il est incréé. Le sang d'une grenade, c'est quoi ? Du symbolique ? Du réel ?

­- ???!!!!????

­- Quand Paradjanov fait du saute-raccord, du préraccord, c'est quoi ?

­- Je ne sais pas.

­- Dans deux ou trois semaines, je t'expliquerai.

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