terça-feira, 25 de agosto de 2015

Sea of Love

LOUIS SKORECKI 20 MARS 2002 À 22:39

Arte, 0 h 30.

Ce film-là, Sea of Love, c'est une chanson. Il y a un peu de gras autour, quelques images qui parlent, si l'on préfère, mais c'est une chanson, rien d'autre. Les distributeurs ont choisi de le sortir sous un titre explicite mais plat, Mélodie pour un meurtre. On aurait préféré, même si ça sonne scato, un truc comme Mer d'amour. Ces paroles, cette musique, c'est le film, tout le film. Rien d'autre, il n'y a rien d'autre. Sea of Love, superbe chanson de sperme et de sang, structure passionnément ce thriller sexuel, le scandant au rythme des parties de cul entre la torride Ellen Barkin (la plus belle militante juive de l'Actor's Studio) et le poignant Al Pacino. Obscur chef-d'oeuvre doo wop de Phil Phillips et des Twilights, Sea of Love sort précisément en 1959, l'année de Rio Bravo (Dean Martin, Ricky Nelson), l'année de la fin du cinéma en tant que cinéma, le début du surlignage, du travestissement, du cinéma filmé. Dans le film minimal et sensuel d'Harold Becker (1989), les harmonies sucrées de Sea of Love imprègnent l'intrigue policière, elles la mouillent d'amour. Le film se nourrit en retour de ses inflexions avides, de ses refrains sentimentaux, de sa mièvrerie datée.

Plutôt que de se précipiter sur la bande son de Sea of Love (qui n'est pas mal), se procurer Street Corner Essentials (22,98 dollars chez bn.com), double CD de 50 titres où la sublime chanson du film voisine avec d'invraisemblables sommets doo wop signés Monotones, Elegants, Blue Jays, Stereos, Ocapellos, Flamingos, Chateaus. Mieux encore, Sea of Love des Heptones fera l'affaire. Variante ska aux harmonies éthérées, la version Heptones surenchérit sur l'original (production Coxsone Dodd, Leroy Sibbles en crooner créole intouchable, Ernest Ranglin au riddim guitare). Le disque est une merveille, il se négocie aux alentours de 13 dollars, une misère, chez amazon.com. Et le film demanderont les crétins? Le film, c'est la chanson. Combien de fois faut-il le répéter? Pour prendre un exemple récent, si O Brother surpasse les autres films ricanants des frères Coen, ce n'est pas qu'il soit moins troisième degré que leurs coeneries habituelles, c'est juste que la musique, merveilleuse musique des Stanley Brothers ou de Carter Family, est pour une fois bien traitée. Respect, quoi. La musique qui structure les images des ciné/films peut venir de l'extérieur, comme dans Sea of Love, mais elle peut aussi venir de l'intérieur, comme le prouvaient les premiers Becker américains, presque «chantés» par James Woods et John Savage (Tueurs de flics), ou Angie Dickinson (Marble Index).

SKORECKI Louis

Nenhum comentário:

Arquivo do blog