segunda-feira, 31 de agosto de 2015

Seminole (l'Expédition du fort King).

07/09/2000 à 04h05

Ciné Cinémas, 22 h 10.

SKORECKI Louis

En 1953, quelques années avant sa série de westerns classiques avec Randolph Scott (archaïsme transcendantal, élans griffithiens, auteurisme sauvage), Budd Boetticher signe Seminole (l'Expédition du fort King). A la fois proche de Sirk, qui tourne neuf mois plus tard, avec le même Rock Hudson, un film au scénario presque identique (Taza, fils de Cochise), de certains Walsh maritimes (la Belle Espionne, on ne sort pas des studios Universal, Rock Hudson est toujours là), du Fuller lyrique du Jugement des flèches (1957) et même de la Forêt interdite (1958), l'un des plus beaux Nicholas Ray qui se déroule dans les mêmes marais de Floride, Seminole est un merveilleux film d'aventures, celui d'un des derniers stylistes de la dernière vague d'authentiques cinéastes hollywoodiens. Malgré ce cousinage esthétique avec Sirk, Walsh ou Fuller, Boetticher fait depuis toujours un cinéma très personnel, que certains commentateurs, Paul Schrader en particulier, ont rattaché à Bresson, Ozu, Tourneur, Mizoguchi... On pourrait aussi citer De Mille pour faire bonne mesure. Sans oublier Drums Along the Mohawk, le plus demillien des westerns de Ford, celui dont les outrances bariolées rappellent le plus le style boetticherien. Ne pas croire pour autant qu'on trouve dans Seminole un résumé de l'histoire du cinéma. Si ce western étrange, succession musclée de vignettes sensuelles ou épiques, secoué par des vagues d'amour et de pulsions fratricides, ressuscite tant de grands noms, c'est que le cinéma n'est au fond qu'une question de généalogie.

Le classicisme monochrome de Seminole (Russell Metty au Technicolor) ne ressemble en fait à rien de connu. Derrière la lascivité vaguement pédéraste de Rock Hudson et les maquillages expressionnistes d'Anthony Quinn, dans son rôle habituel de Peau-Rouge (l'ami d'enfance du héros, amoureux de la même femme que lui), le style batailleur de B.B. offre quelques-uns des plus curieux corps à corps jamais osés au cinéma. L'orgasme esthétique est atteint quand Rock Hudson disparaît tout entier, jusqu'à sa banane rockabilly, dans la merde boueuse du bayou.

Nenhum comentário:

Arquivo do blog