terça-feira, 25 de agosto de 2015

Sergent York

LOUIS SKORECKI 18 MARS 2002 À 22:37

Sergent York TCM, 23 h 15

Si ce mélodrame guerrier (Howard Hawks, 1941) est si peu hawksien, c'est à Gary Cooper, qu'il le doit. Une vraie fille, un vrai gars, celui-là. A quoi ça peut servir, un héros aux yeux de biche? A mettre en danger, en désordre, le système d'un grand cinéaste, par exemple. Seul un acteur aussi déroutant que Gary Cooper, l'ambiguïté et la virilité mêmes, pouvait dérouter avec un tel génie ­ au fait, a-t-on dit, que Sergent York était un chef-d'oeuvre? ­ un cinéaste psychorigide comme Howard Hawks, dont le moins qu'on puisse dire est qu'il sait tenir la route. Il ne sait même faire que ça (il est payé pour ça, non?), sans le moindre écart, sans la moindre drôlerie ­ même si la drôlerie, en l'occurence le va-et-vient entre drame et comédie (et vice versa), constitue de toute éternité sa marque de fabrique, son label rouge.

C'est comme si ­ les hitchcocko-hawksiens survivants comprendront ­ Hitchcock se retrouvait sur Fenêtre sur cour avec Gary Cooper à la place de James Stewart. D'où tu es, tu imagines le film, petit? Tu ne peux pas. C'est tant mieux. Les grands films, tu vois, c'est ceux que tu ne peux pas imaginer.Tu me diras que Hawks a dirigé le même Gary Cooper dans Ball of Fire, quelques mois à peine après Sergent York, et que ça passait comme une lettre à la poste. Ce n'est pas du jeu, ça ne compte pas. Hawks savait neutraliser un acteur dans une comédie, il le hawksisait à mort, le dégoupillait, lui ôtait ses moyens. Mais Sergent York, c'est un drame tout ce qu'il y a de sérieux sur un brave paysan qui trouve la foi par une nuit d'orage. Ah, tu trembles? Mais tu n'as pas de raison d'avoir peur, Dieu descend sur lui, c'est tout. Le paysan, c'est Gary Cooper. Comme tous les paysans, il ne veut pas partir à la guerre. En octobre 1918, il devient un héros. Ça, c'est la vie, il est bon tireur, c'est tout. Et puis il retrouve la maison de ses rêves et la femme qu'il aime. C'est du premier degré, du naïf américain, quelque chose comme du primitivisme mormon (quinze ans plus tard, ça devait le travailler, Gary Cooper refait le coup de l'objecteur de conscience dans la Loi du seigneur, un très mauvais Wyler). De tous ces mots en cascade, tu vois, le seul qui compte ici, c'est naïveté. Et ne viens surtout pas parler de James Stewart. Gary Cooper est le seul naïf du cinéma américain, le seul acteur à s'incarner corps et âme (corps surtout) dans ses personnages, de Deeds (Capra) à Billy Mitchell (Preminger), en passant par Wassel (DeMille). L'architecte rebelle de Vidor, c'est lui. Le bon Sam de McCarey, ce ne pouvait être que lui. Tu vois, petit, c'est le seul héros humain du cinéma américain. C'est le seul héros américain. Tu ne vois pas? Tant pis.

SKORECKI Louis

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