sábado, 22 de agosto de 2015

Simone Barbès ou la vertu.

05/10/2005 à 03h57

CINECINEMA AUTEUR, 3 H 40.

SKORECKI Louis

Jacques avait disparu. Même si ça lui arrivait de temps en temps, ça commençait à faire long. J'étais inquiet. On était tous inquiets. J'avais demandé à Caroline si elle savait où il était passé, mais elle ne savait pas. Je lui avais dit que c'était dommage, il aurait pu nous éclairer sur le mystère Diagonale. Il aurait pu nous dire pourquoi Simone Barbès et la vertu était un si grand film, pourquoi Treilhou et Guiguet étaient si importants. C'est vrai, on était là comme deux nigauds, un nigaud et une nigaude plus exactement, à nous demander pourquoi Jean-Claude Guiguet, le délicat Guiguet, nous manquait tellement, sans trouver d'autre réponse que des réponses sentimentales. Jacques, lui, aurait su. Je l'imagine, il arrive, il est là. Guiguet, c'est l'élégance inquiète, il aurait dit. Il aurait ajouté que, sans lui, Biette ne comptait pas. On aurait rigolé, on lui aurait demandé pourquoi. Il aurait dit qu'un Jean-Claude ne compte pas, qu'il en faut toujours deux. Il aurait dit que l'un avait les qualités qui manquaient à l'autre et inversement. Qu'à eux deux, ils étaient le cinéma. Mais Jacques n'était pas là, il fallait faire sans lui.

Tout Simone Barbès est dans les yeux de Michel Delahaye, dit soudain une petite voix. C'est monsieur Bruno. On ne l'avait pas entendu arriver. Michel Delahaye, je dis, c'est le plus grand acteur muet du parlant. Ils se mettent à me regarder fixement tous les deux. Un drôle de silence s'installe, fait de gêne et de religiosité désuète. On serait dans un Grémillon, ce serait pareil, je pense. Michel Delahaye aurait été parfait dans un Grémillon, dit soudain Bruno après une éternité d'église, dans la Petite Lise par exemple. Il serait aussi très bien dans un Grémillon avec Madeleine Renaud, dit Caroline. Il serait même mieux que Vanel, mieux que Gabin, ajoute Bruno. Quel drôle de type décidément. Il pense comme moi.

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