segunda-feira, 31 de agosto de 2015

Storm Warning

LOUIS SKORECKI 17 MAI 2002 À 23:30

TCM, 15 h 25.

Qui connaît Stuart Heisler, l'un des rares cinéastes à avoir traité du désir féminin ? L'un de ses plus beaux films, c'est Storm Warning. Quand un homme bandait pour une femme, Heisler était là. Une femme se languissait, il était là aussi.

Le chroniqueur se souvient. C'était l'été 1965. Il était venu le déranger dans sa villa hollywoodienne. Modeste, la villa. Heisler avait 71 ans. Il répondait à peine. Répondre, ce n'était pas son fort. Ce n'était pas son métier. Plus tard, les cinéastes apprendraient à ânonner des phrases toutes faites. Ils finiraient par dire ce qu'on voulait entendre. Ma vision du monde ? Bien sûr, tout de suite. Vous avez tout entendu ? Vous avez bien noté ? Heisler avait une autre raison de mettre autant de mauvaise volonté à répondre. Même aux questions insignifiantes, aux questions techniques, il ne répondait pas. Une fille était là, pas loin. Cette fille, c'était sa femme, sa jeune femme. Il venait de se remarier. Il bandait comme un taureau, le vieux. Fallait être aveugle pour ne pas voir son impatience. C'est bientôt fini ces questions ? Attends moi, chérie. J'ai fini. J'arrive.

Stuart Heisler s'est fait un style en montant les films de McCarey, de Ford, de Walsh. Walsh surtout. Son chef-d'oeuvre, I Died A Thousand Times, est d'ailleurs le remake de Colorado Territory, lui-même remake de High Sierra. A Bogart et Joel McCrea succède Jack Palance. Prodigieux acteur, film inclassable. Melville, qui s'y connaissait en gangsters, adorait la Clé de verre, un beau polar heislerien. Dashiell Hammett, Veronica Lake, Alan Ladd. Raide sous son imperméable, le petit Alan. Le désir, toujours le désir. Et Storm Warning, alors ? C'est un thriller antiraciste, littéralement goudronné d'angoisse. Richard Brooks au scénario. Quelque chose de l'ambiance noire du Crime passionnel de Preminger. Ginger Rogers en justicière sudiste, Doris Day en épouse préhitchcockienne, potelée de partout. La même année (1951), la jeune Doris Day chante ses plus belles chansons. Rien à voir avec les paso doble sautillants à venir. Ces chansons de rêve, on les retrouve dans les deux premiers coffrets de la superbe intégrale Bear Family. Ou sur Ballads and Love Songs From The Early Years. Vingt-cinq titres pour le prix de deux tickets de cinéma (www oldies.com). Un refrain d'images, un refrain sans images, quelle différence ? Allez, on ferme.

SKORECKI Louis

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