domingo, 23 de agosto de 2015

Sur la route de Madison. Canal+, 21h00.

10/09/1997 à 09h24

SKORECKI Louis

Clint Eastwood est un excellent cinéaste. Qui d'autre aurait su si efficacement boucler ce méchant mélodrame paparazzo et en faire une guimauve à peine mièvre? Jouant sur un casting décalé (lui-même et ses jolies rides, Meryl Streep sortie de nulle part), il livre ici un objet émouvant, qui ne porte pas à conséquence et sur lequel nul débat, esthétique ou éthique, ne saurait avoir lieu. Ni Ozu ni Sirk, Eastwood sait réussir dans le mélo freudien, pour deux ou trois raisons qu'il n'est pas inutile de rappeler. Formé à l'école Huston, cinéaste médiocre dont il raconte la glorieuse déchéance alcoolique de chasseur de fauves dans le très «autobiographique» Chasseur blanc, chasseur noir, Eastwood doit tout à la fabuleuse série télé de ses débuts (Rawhide, 1958 , fin du classicisme hollywoodien, passé avec armes et bagages à la télévision); dans une moindre mesure à Sergio Leone, qui fait d'Eastwood un mythe du western spaghetti recycleur de vieux rêves, et à Don Siegel, qui le relance avec son Inspecteur Harry (sans oublier William Welman, qui lui apprit le métier dans des films obscurs d'avant Rawhide). Auteur de quelques jolis films surestimés destinés au marché français, Honky Tonk Man, Bird, il reçoit ses oscars pour un film crépusculaire impassable à la télé, Unforgiven. Mieux vaut plutôt essayer de revoir Josey Wales ou Breezy.

Et si on parlait de Robert Redford et de Paul Newman, deux acteurs-cinéastes autrement importants qu'Eastwood. Prenons Newman. Trois chefs d'oeuvre: Rachel, Rachel, De l'influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites et surtout The Shadow Box, tourné pour la télévision, pièce de théâtre sur des malades au stade terminal, tout ça filmé par une caméra intérieure vidéo cruellement distante et à peine indiscrète. Passés provisoirement de l'autre côté de la caméra, Newman et Redford inventent un cinéma à venir. De vrais mélodrames pointus et poignants. A l'image du film unique et précieux de Laughton, cette Nuit du chasseur devenue heureusement culte. Une remarque sur le cinéma d'acteurs: leurs films, à défaut d'être géniaux, ne sont jamais inintéressants.

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