domingo, 23 de agosto de 2015

Têtes brûlées

CinéCinéma Classic, 17 Heures.

par Louis SKORECKI

Tu t'inquiètes pour rien, avait dit Caroline, monsieur Edouard a beaucoup changé, il est doux comme un agneau maintenant. Juste un peu exalté, avait-elle ajouté, mais rien de grave, ça lui passera. Tu sais qu'il me manque, je dis, même s'il me fait toujours un peu peur. Sa précision cinéphile me serait d'un grand secours sur Walsh. Tu me mènes en bateau, Louis, dit Caroline, Walsh, c'est ta spécialité. Tu as même écrit un livre sur lui, non?Je ne suis plus sûr de moi ces temps-ci, je dis. David, mon petit-neveu, doit rendre un devoir sur Têtes brûlées, et, là, je sèche. Depuis quand oblige-t-on un élève à étudier un Walsh de 1929, demande Caroline, un Walsh à peine parlant? Il a Jacques Aumont comme prof invité, je dis, et comme Aumont ne jure que par le muet en ce moment, ils y passent tous. Si seulement monsieur Edouard était là, il lui raconterait Walsh mieux que moi.

A peine a-t-on prononcé son nom que monsieur Edouard se pointe au quart de tour. Le plus étrange, c'est qu'il sait déjà de quoi on parle. A croire qu'il a un espion dans la maison. The Cock-Eyed World, dit-il, excusez-moi mais je préfère le titre original, ce n'est pas n'importe quel Walsh. Il n'a rien de muet, d'abord, il parle autant qu'un Capra. Et c'est plus original que Big Trail que Walsh tourne quelques mois plus tard. Mieux que Big Trail ? dit Caroline, c'est impossible, c'est un film d'une beauté sidérale, même John Wayne (dont c'est le premier film, je te signale) a le charme sidéral d'une Garbo. On sait tout ça, répond monsieur Edouard avec un calme inquiétant, mais ce que tu ne sais pas, c'est que les personnages de Cock-Eyed World sont empruntés à What Price Glory, un Walsh muet adapté d'une pièce de Maxwell Anderson (dont Ford fera un remake trente ans plus tard). Walsh a tellement aimé ses personnages qu'il les a repris en 1931 dans Women of All Nations. C'est David qui va être content, je dis, et Jacques Aumont encore plus.

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