segunda-feira, 31 de agosto de 2015

Traquenard (Party Girl)

28/02/2001 à 23h13

TCM, 20h45.

SKORECKI Louis

Si on voulait dresser une liste, aussi futile et inutile que toutes les listes, des sept plus beaux films d'amour du cinéma parlant, on penserait d'abord aux deux versions d'Elle et lui de McCarey, sans pouvoir trancher entre la sécheresse romantique du premier et l'emphase baroque du second. Aux deux versions d'Imitation of Life, aussi, celle de John Stahl, plus parfaite et stylisée, celle du remake en couleurs de Douglas Sirk, plus démesurée, plus émotionnelle (mais on pourrait aussi bien balancer entre les deux versions de Magnificent Obsession, entre la retenue de Stahl et le mysticisme amoureux de Sirk). Dans la production récente, pourquoi pas hésiter entre Pretty Woman et Sur la route de Madison, dont on dira demain le romanesque désuet ? Mettre impérativement un Fassbinder, n'importe lequel (le Marchand des quatre saisons, les Larmes amères de Petra von Kant), et un Nicholas Ray, n'importe lequel, Traquenard par exemple.

Des Amants de la nuit (1949) à We Can't Go Home again (1976), Ray n'aura cessé d'interroger toutes les figures de l'amour, passant de l'épique sentimental (Johnny Guitar, 1954) à cette autre passion qu'est le délire abrahamique (Derrière le miroir, 1956). Au panthéisme romantique de la Forêt interdite (1958) succède quelques mois plus tard la passion tardive entre un avocat véreux (Robert Taylor) et une party girl aux jambes en Cinémascope (Cyd Charisse). Deux êtres meurtris, habitués à se vendre au plus offrant, ne trouvant rien de mieux que se racheter l'un l'autre sur fond de chorégraphies sensuelles, de décors pourpres, de violence acide entre truands assoiffés de sang. La tendresse de ces deux-là, au beau milieu des codes saugrenus de l'honneur (codes du film noir, aussi, que Nicholas Ray fait exploser à chaque instant, comme il avait dynamité ceux du western dans Johnny Guitar), cette tendresse amoureuse à la fois distante et physique, il fallait le jeu limité, presque monolithique, de Cyd Charisse et de Robert Taylor pour l'amener à ce degré d'intensité intérieure. La peau brûle aussi quelquefois.

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