segunda-feira, 31 de agosto de 2015

Traquenard

LOUIS SKORECKI 15 MAI 2003 À 23:00

Arte, 20 h 40

Chanter faux, c'est déjà chanter. Jean-Claude Brisseau, qui s'y connaît en acteurs-chanteurs, dit souvent qu'il aime autant Gary Cooper que Sinatra. Gary Cooper, il chante ou non ? Chez Brisseau, on chante ou non ? Dans Noce blanche, elle joue ou elle chante, la petite Paradis ? Sylvie Vartan, dans Céline, elle chante ? Les hurlements de Rellys dans Manon des Sources, c'est une chanson, non ? A côté, les bêlements de Daniel Auteuil dans la «version Ducros» sont d'un ridicule achevé. Jouer comme on chante, c'est le travail minimum d'un acteur. Inversement, le travail minimum d'un chanteur, c'est de savoir «dire» les paroles de sa chanson (c'est d'ailleurs une expression courante chez les critiques musicaux américains). Acteurs, chanteurs, c'est juste une affaire de technique, de style.

Dans Traquenard, Robert Taylor, l'avocat qui tombe amoureux d'une party girl, c'est un chanteur, un technicien, un styliste. Il chante faux, mais il chante quand même. On en a des frissons, tellement c'est beau.

Quand il fait semblant de boiter pour mieux convaincre le jury de l'innocence d'un truand, c'est aussi un truc de chanteur ?

Mais oui. Regarde cette technique, ce style ? C'est au-delà du bien et du mal, du juste ou du faux. Le travail, à Hollywood, ça commence et ça finit toujours par une chanson.

Mais Traquenard, c'est une histoire d'amour, oui ou non ?

Travail, amour, chanson. Ça nous change du refrain pétainiste, dont on ferait mieux de changer, soit dit en passant. L'amour de Robert Taylor pour Cyd Charisse est tout entier dans sa voix, dans sa diction. Il est dans ses couacs, son hystérie, son emphase. Il chante faux, mais c'est beau. A l'aube du cinéma, de toute façon, tout est affaire de technique et de vérité.

(A suivre)

SKORECKI Louis

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