domingo, 23 de agosto de 2015

Travail au noir de Jerzy Skolimowski. Ciné Cinéma 2, 16h25.

02/12/1997 à 14h59

SKORECKI Louis

Jerzy Skolimowski est un cinéaste inégal mais ce film-là, son chef-d'oeuvre, est exceptionnel à tous points de vue. L'histoire est on ne peut plus banale: un polonais gentiment installé à Londres entreprend de faire venir illégalement des ouvriers pour retaper de fond en comble sa maison. Les ouvriers, qui ne parlent bien sûr pas un mot d'anglais, amènent dans leurs bagages tous les outils nécessaires à ce «travail au noir». Dans une frénésie quart mondiste, isolés de toute vie extérieure, ils usent leurs pauvres vies à ce travail abrutissant et dépersonnalisant. Economisant jusqu'au moindre penny pour leurs rations de nourriture, avec, en luxe inouï, une télé pourrie pour les matches de foot qui bien sûr rend vite l'âme, les laissant à leur désespoir. Filmé dans un style haletant, entre documentaire BBC et fiction école de Lodz, Travail au noir porte à la perfection les promesses parfois inabouties des premiers films saisissants de Skolimovski, du trivial et comiquement viril Walkover au godardien Départ. Ici, dans cet exercice de style pour une fois messagériement lunaire (Moonlighting est le titre original), Skolimoski documente d'un ton hagard à la fois la condition extrêmement abrutissante de l'immigré exploité, sa soif ahurie du pays natal, cette Pologne si catholique et buveuse, sans oublier la nature profonde de l'univers londonien, jamais aussi brutalement décrit auparavant.

Au fond, c'est sans doute l'histoire elle-même, son actualité rutilante, sa part d'autobiographie à peine décalée, qui provoquent en nous une telle émotion immédiate et contemporaine à la fois. Il y a ici du mimodrame social, du message, ce qu'on appelait hardiment hier du contenu. Il surnage à tous les maniérismes documentaires du cinéaste, même les plus conséquents, même les plus bruts, même les plus brutaux. Ce fond de vérité était là hier, il est là aujourd'hui, il sera encore là demain. C'est une leçon de morale on ne peut plus vive, vivante. Et une leçon, toutes politiques confondues, ça ne s'enterre pas, ça s'écoute.

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