domingo, 23 de agosto de 2015

Travail au noir.

22/03/2001 à 00h08

Cinéfaz, 20 h 45.

SKORECKI Louis

L'Est n'est plus à la mode. Si le moindre quidam connaît par coeur au moins trente-cinq noms de réalisateurs de Hong-kong, de Taiwan, de Corée, des génies qui révolutionnent à coup sûr le cinéma, on a oublié Jerzy Skolimowski, cinéaste polonais de Londres, Paris et Hollywood, auteur de quelques films définitifs dont une seule séquence, n'importe laquelle, vaut l'oeuvre complète, passée et à venir, de tous les Hou Hsiao-hsien et Wong Kar-waï de la planète. Travail au noir est l'un des deux ou trois meilleurs Skolimowski, une fiction documentaire acide et masochiste dont l'intelligence rusée, le mordant contemporain rachètent les films médiocres auxquels ce personnage fantasque se laisse souvent aller. A partir d'une histoire banale, celle d'un Polonais de Londres qui décide de retaper à bas prix sa maison avec des ouvriers qu'il fait venir clandestinement de Varsovie, Skolimowski s'aventure dans une sorte de suspense documentaire terrifiant, loin de la poésie gauchiste facile d'un Ken Loach ou du fantastique social dégénéré qui fait fureur dans les milieux maniéristes aujourd'hui.

Les ouvriers ne parlent pas un mot d'anglais, ils se terrent dans la maison-chantier, isolés du monde extérieur, autant de la rue londonienne toute proche que de leur lointain pays, qu'ils essayeront vainement de ressusciter à l'occasion d'un match de foot: la Pologne a terminé troisième de la Coupe du monde en 1982, l'année du film, c'est dire le stress et la tension de ces lumpen-prolétaires quand leur pauvre télévision leur claque dans les doigts. Moonlighting, le beau titre original de Travail au noir, indique la part poétique, presque lunaire, de cette BD réaliste, hagarde, haletante, la part honteuse d'autobiographie aussi, Skolimowski ayant évidemment exploité jusqu'à l'os, dans la vraie vie, quelques esclaves trop contents de se faire un ou deux pennies le plus loin possible de la pauvre Pologne de Jaruzelski. Mimodrame social avec message, ce qui se fait rare, Moonlighting est un de ces coups de poing dans la gueule dont le cinéma manque cruellement. Il fait mal.

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