domingo, 23 de agosto de 2015

Travail au noir.

20/04/2004 à 00h17

SKORECKI Louis

L'Est n'est plus à la mode. Si le premier quidam connaît au moins trente-cinq noms de cinéastes de Hongkong, de Taiwan, du Japon, ou de Corée, des noms exotiques qui enflamment les coeurs et les esprits des cinéphiles de trottoir, il a oublié dans les glaces de la glasnost les vrais génies que sont Dovjenko, Donskoï, Barnett, Mouratova, Skolimowski et tant d'autres.

­ C'est une nouvelle expression, «cinéphile de trottoir» ?

­ Ça dit bien ce que ça veut dire, non ?

­ Ils font les putes, c'est ça ?

­ Non. Ils attendent de répondre au premier micro-trottoir de la première émission de cinéma qui passe par là.

­ C'est vrai qu'elles poussent comme des champignons, ces émissions. Avec le câble, il va bientôt y avoir autant de ciné-trottoirs que de trottoirs.

­ Tu as remarqué qu'ils disent des choses aussi pertinentes que les critiques professionnels ?

­ C'est une bonne nouvelle, non ?

­ Tous aussi cons, tu veux dire.

­ Et Travail au noir ?

­ Chef-d'oeuvre absolu de cinéma en chambre. Et même de télé-réalité sur grand écran.

­ Tu te fous de ma gueule, le film a plus de vingt ans.

­ Et alors ? Comment définirais-tu cette expérience qui consiste à filmer des ouvriers au noir qui retapent ta maison presque en direct, presque en temps réel ?

­ Mais c'est un film, avec un scénario, des acteurs et tout.

­ Un scénario qui repose à l'évidence sur une expérience personnelle de Skolimowski, qui avait utilisé lui aussi des ouvriers polonais au noir pour retaper sa maison de Londres.

­ Mais c'est une reconstitution.

­ C'est de la télé-réalité, couillon. Pour être précis, c'est un mimodrame social avec message.

­ C'est quoi le message ?

­ Tu as remarqué qu'il n'y avait jamais eu d'attentat à Londres ?

­ C'est ça le message ?

­ C'est ça.

Nenhum comentário:

Arquivo do blog