domingo, 23 de agosto de 2015

Un flic (2)

par Louis SKORECKI

CinéCinéma Classic, 18 h 45

Je n'aime pas le cinéma. Dix ans, quinze ans, que dure ce désamour, cette lassitude. J'aime encore moins les spectateurs de cinéma, festivaliers à temps plein et à tête vide, qui me font honte quand, d'occasion, je me trouve dans la même queue qu'eux, une raison de plus pour ne pas m'y trouver. S'effacer du cinéma, c'est mon programme minimum depuis longtemps. C'était aussi celui de Melville, c'est pourquoi je me trouve à l'aise en sa présence. Celle de ses films, je veux dire. S'effacer par l'épure progressive des sons et des images, la rareté des émotions, c'était l'intention de Melville. Plus ça allait, plus il se fondait dans le paysage, allant jusqu'à s'étourdir tard dans la nuit à la postsynchronisation de ses films, les rendant lointains, stylisés, abstraits, comme pour leur ôter toute trace de naturalisme.

Contrairement à tous ceux qui n'ont jamais eu de mots assez cruels contre le naturalisme, je ne l'ai jamais accusé de tous les maux. Quand Renoir ou Guédiguian jouent aux naturalistes, quand ils le font bien (la Bête humaine, le Promeneur du Champ-de-Mars), c'est plus beau que tout. Quand Melville s'essaye, à quelques mois de sa mort, au brûlot le plus antinaturaliste de ces quarante dernières années (démoli à sa sortie, en 1972, par l'ensemble de la critique française), j'applaudis aussi. Etre loin de la vie, ça vaut la vie. Etre plus loin encore, ça vaut la mort. Si je n'aime pas le cinéma, pourquoi n'écrirais-je pas dessus ? Ou dessous, c'est comme on voudra. Il aura fallu plus de trente ans pour que la beauté fragile d'Un flic finisse par être reconnue. Delon, Deneuve, jetés comme des pierres sur les vagues de bord de mer. Des pierres tristes, des vagues mizoguchiennes, des trains langiens. Richard Crenna en James Bond de chambre, Paul Crauchet, André Pousse, en truands d'opérette, que demander de plus ?

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