domingo, 23 de agosto de 2015

Un Flic

CINéCINéMA CLASSIC, 0 H

Par Louis SKORECKI

Entre ce film et moi, c'est une histoire d'amour qui n'en finit pas. Au moindre plan, c'est le flash, l'éblouissement. Comme si le film avait changé de chemise depuis la dernière fois. Tu ne portais pas du rouge, dis-moi ? Idiot, répond le film, je n'ai jamais porté que du bleu toute ma vie. Du bleu gris alors ? Peut-être, dit le film en me regardant droit dans les yeux. Aucun film, même le plus beau, ne m'a jamais regardé comme ça. Tu me mets mal à l'aise, aucun film ne m'a jamais regardé droit dans les yeux comme toi. Même un Lang, demande le film, même un Walsh ? Peut-être, je dis. Peut-être.

Il me met mal à l'aise, ce film. J'ai parlé à voix haute sans m'en apercevoir. Tu l'as déjà dit, me dit le film. Je sais, je lui dis, Melville aussi. Melville quoi ? Il me met mal à l'aise avec ses yeux d'insomniaque et son Stetson de pédé. Pédé toi-même, dit le film, pas content du tout. Melville était pédé, oui ou non ? Oui, répond le film, mais ce n'est pas Brokeback Mountain quand même. Là, je suis d'accord, je dis, Melville, c'est rigueur et rétention. C'est ça, dit le film, Melville est le Bresson du polar. Il est mieux que ça, je dis, il a de belles manières. Tu me fais plaisir quand tu dis ça, répond le film, les yeux mouillés. Tu pleures? je lui dis. Il ne répond pas. Je suis le dernier Melville, on m'a insulté à ma sortie, tu me rends ma dignité. Il remet son feutre sur sa tête et me fait un signe de l'autre côté du trottoir. On va se revoir, Caporal, je dis. Je le regarde du coin de l'oeil. Il pleure encore.

Nenhum comentário:

Arquivo do blog