sábado, 29 de agosto de 2015

Une femme sous influence

14/09/2000 à 04h19

Paris Première, 21 h

SKORECKI Louis

Le génie de Cassavetes, si génie il y a, ne s'envisage qu'immature, ivre, abruti. Il y a mieux, évidemment, comme ambition de cinéaste, que ces reportages à vif sur des écorchés de la vie, ce maniérisme entropique qui conduit à creuser l'énergie pure aux dépens de la profondeur des personnages ­ un fonds de commerce qu'exploitera plus tard un certain Martin Scorsese (After Hours, son seul film personnel, c'est-à-dire scorsesien, ne parle que de ça). Il y a une trentaine d'années (à cause de ces défauts-là, de cette tentation irrésistible d'être à chaque fois plus «entier» que les autres, d'y aller à tous les coups d'un nouveau portrait de l'artiste en chien fou), on aurait dit : cinéaste mineur, cinéaste off Hollywood, à ranger aux côtés de Jonas Mekas, Shirley Clarke, Andy Warhol et compagnie. Aujourd'hui, alors que le «cinéma» mincit à vue d'oeil (on s'attend à tout moment à ce que Spielberg s'allie avec Lego et Sony-Playstation pour racheter Hollywood, ciné et télé dans le même panier, à bas prix), les bricolages cassavetiens deviennent de plus en plus précieux. Pour un peu, ils passeraient pour de l'art à côté des tours de cochon de ses disciples, à peine sortis du collège, une caméra vidéo miniature en guise d'implant troisième oeil. Du beau cycle Cassavetes sur Paris Première, on retiendra Une femme sous influence, merveilleux abâtardissement qui sera bientôt sublimé dans Opening Night, Gloria, Love Streams, grands mélos tardifs à fleur de peau, longtemps méprisés par les cassavetiens eux-mêmes, des ânes comme on sait. Dans Une femme sous influence, ce ne sont pas tant les accès de mélancolie de Gena Rowlands qui submergent le spectateur, mais plutôt l'incompréhension rugueuse de Peter Falk, silencieux comme une nuit sans lune dans le rôle du mari dépassé par la folie de sa femme. Amour, violence, trafics de sentiments, comment résister? Pour se faire une idée de la magie du cinéma, pourtant, mieux vaut se brancher sur Ciné Classics: la Femme sur la plage (17 h 15) ou les sublimes amours aveugles de Robert Ryan dans le chef-d'oeuvre hollywoodien oublié de Jean Renoir.

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