segunda-feira, 31 de agosto de 2015

Une histoire vraie

LOUIS SKORECKI 15 MAI 2002 À 23:27

Ciné Cinémas, 21 h.

Les films, mieux vaut ne pas avoir le nez collé dessus. Sauf à se considérer, spectateur, comme passager d'une voiture qui file dans le désert, et à envisager les films comme des paysages qui défilent derrière la vitre. Ce n'est pas parce que le road movie, seul genre nouveau apparu au cours de ces trente dernières années, est devenu le maître mot du cinéma, qu'il faut faire cette route-là, celle du cinéma en tant qu'autoroute terminale. David Lynch, sous-doué du maniérisme poétique, est la pire chose arrivée au cinéma depuis la fin du cinéma d'usine. Quand l'art déserte l'usine, l'usine a besoin d'art, de pseudo-art, pour que ça ne se sache pas. Tod Browning, un cinéaste dont Lynch serait le premier à se revendiquer, était un bateleur d'usine. Leo McCarey avait tout appris avec Browning, c'était son maître. Le maître de McCarey, c'est-à-dire le maître du cinéma moderne.

De Freaks à Eraserhead, la déperdition est terrible. Les monstres de foire ont accouché de posters urbains. Effets de mode, effets de manche, effets de style. Entre Freaks et Elephant Man, c'est pire. Le personnage fait pitié, le film fait pitié, Lynch fait pitié. Dramatisation naturaliste, cinéma envisagé comme art du maquillage, art du costume. Pathétisme bon marché, dégénérescence sulpicienne. Pour un peu, Lynch ferait la manche, suppliant le spectateur de lui donner deux ou trois centimes pour sa pitoyable créature. Où sont les Tourneur, les Franju ? Où est le cinéma en tant qu'art de la mise en scène ?

Une histoire vraie, c'est le road movie à la vitesse de l'escargot. Un vieux con rejoint, à l'autre bout d'un pays de cinéma, son frère qu'il n'a pas vu depuis des années. Six semaines en tondeuse à gazon, faut le faire. Le cinéma lynchien, si on a le nez collé dessus, ça va. Ralentir. Ralentir encore. «Pourquoi filmez-vous ?», demandait Libération à David Lynch il y a quinze ans. «Pour créer un monde et l'expérimenter», répondait l'illuminé sans se démonter. Le surréalisme d'usine, si on n'a pas le nez collé dessus, c'est la pire chose qui soit arrivée au cinéma. Une histoire vraie, c'est l'Amérique vue depuis la galaxie Nova. Une commande franco-française de Pierre Edelman et de Canal + à un cinéaste en perte de vitesse. Son pays, c'est l'Amérique à la taille de la France. Un tout petit pays.

SKORECKI Louis

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