quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Une vie de chien. Ciné Cinéfil, 23 h 25.

Par Louis SKORECKI — 2 octobre 1996 à 23:40

Plusieurs historiens du cinéma ont remarqué qu'Une vie de chien (A Dog's Life) marquait en 1918 un tournant dans l'oeuvre de Charlie Chaplin. Sans abandonner la méchanceté toute chorégraphique des premiers films, Charlot s'y peint en héros de mélo à part entière, formant avec son chien ou avec sa compagne un personnage plus émouvant que d'habitude. Le premier plan donne bien le ton de l'oeuvre: une barrière de terrain vague, à l'aube, sur laquelle la caméra descend en travelling, découvrant l'habituel vagabond qui se gratte le cul d'un geste volontairement trivial, pour ne pas dire obscène.

Une fois réveillé, Charlot vole une saucisse par un trou dans la barrière et l'enduit de moutarde. Mais l'apparition d'un policier l'oblige à la remettre dans la casserole fumante. Une fois repéré, il joue avec le flic dans une danse provocante où il n'hésite pas à user du coup de pied et de l'aiguille qui pique.

Dans cette bataille pour la survie, il y a un sadisme à fleur de peau que Chaplin abandonnera quand il passera au long métrage. Jeunesse et genèse du petit vagabond, la méchanceté fait le charme de ses court métrages agressifs dans lesquels la lutte pour la vie est à prendre au sens propre de lutte contre l'autorité, contre les plus gros, les plus forts, les plus nantis.

Le film vire au sentimentalisme brut quand Charlot rencontre son double animal, le chien bâtard Scraps. Tous les deux sont aussi démunis, aussi maladroits, aussi émouvants. On peut dire que Scraps est le brouillon animal du futur Kid, un enfant grandi trop vite, en mal d'amour.

Charlot entre au saloon avec son chien caché dans son pantalon. On ne peut faire métaphore plus sexuelle. Il y rencontre une chanteuse aban- donnée (Edna Purviance) dont il s'éprend. La scène la plus irrésistible est celle où il assomme un voleur et mime avec ses propres mains une conversation avec l'acolyte bluffé. On s'achemine lentement mais sûrement vers un merveilleux happy end pastoral qui annonce déjà celui du Dictateur.

Louis SKORECKI

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