domingo, 23 de agosto de 2015

Ville sans loi

CinéCinéma Classic, 20 h 45

par Louis SKORECKI

Joseph H. Lewis est un drôle de cinéaste. Pas sûr qu'il en soit un, d'ailleurs. Ses films ont un côté Boetticher, mais il ne s'agit que d'une ressemblance formelle. Le cinéma, même si ça peut paraître extravagant en ces temps de surexpérimentation, n'a pas grand-chose à voir avec la forme. Le cinéma, c'est ce qui reste quand on a enlevé les mouvements de caméra, les travellings, les grues. C'est ce qui reste quand on a tout enlevé. Juste une histoire, des sentiments, des acteurs, une vision du monde. Rien de ça chez Joseph H. Lewis, bricoleur du temps qui passe, artisan absolu, capable de boucler un long métrage en quelques jours. Entre 1945 et 1958, il a signé une quinzaine de films de genre époustouflants de dextérité (westerns, thrillers), le plus célèbre restant Gun Crazy, une sorte de pré-Bonnie and Clyde, en plus sec, plus virtuose, plus fou.

A revoir Ville sans loi (que Columbia a la bonne idée de ressortir en DVD avec d'autres Randolph Scott, ainsi que les Deux Cavaliers, le plus beau des derniers Ford), on est frappé par la pure technicité de la mise en scène. La présence des deux acteurs principaux des chefs-d'oeuvre de Boetticher (Randolph Scott à l'image, Harry Joe Brown à la production) rend l'absence de tragique et de transcendance, cette transcendance qui fait précisément le prix des meilleurs Boetticher, plus cruelle encore. Abstraction, vitesse, virtuosité : comme si Joseph H. Lewis ne pouvait s'empêcher de reproduire, jusque dans sa mise en scène, les conditions de production de ses films. La scène d'ouverture, dans une ville entièrement vidée de ses habitants, témoigne de cette mécanique froide, où les travellings et les mouvements d'appareil tiennent lieu d'intériorité. La présence, aux côtés de Randolph Scott, de la fragile Angela Lansbury, trente ans avant qu'elle n'enchante les téléspectateurs du monde entier de ses Arabesque désuètes, rend le film plus étrange encore, plus décalé. En avait-il vraiment besoin ?

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