segunda-feira, 31 de agosto de 2015

Young Cassidy

TCM, 18 h 55

Par Louis SKORECKI

John Ford n'est jamais là où on l'attend. Pour son avant-dernier film, le superbe Young Cassidy, il n'y est même pas du tout. Il est malade, il s'absente. Il ne tourne presque rien, une ou deux scènes du début, c'est tout. La grande déception monochrome, il sait ce que c'est. Etre en face des choses, les voir venir une à une. Mettre une caméra devant si possible. Pas trop près. Plus tu t'approches des choses, moins tu les vois. C'est ce qu'on apprend à l'école du cinéma. On n'apprend même que ça. Ne pas trop s'approcher, ça devient flou. La netteté, au cinéma, c'est tout ce qui compte. Etre là, même quand on est ailleurs, mort ou malade. Ford y est sans être, dans Young Cassidy. Il y est même plus que s'il y était.

Young Cassidy a été fini, filmé, par Jack Cardiff. Un grand chef opérateur, un petit cinéaste. Mais c'est Ford qui regarde par-dessus son épaule. Qui sait mieux que lui que Young Cassidy parle d'amour et d'Irlande ? Ou est-ce le contraire ? La jeunesse de Sean O'Casey, poète national, amoureux fébrile, acteur idéal pour la galaxie imaginaire de John Ford. Rod Taylor lui prête sa brusquerie virile, celle qu'il refilait un an plus tôt à Hitchcock pour les Oiseaux. A ses côtés la poétique Maggie Smith. Ses taches de rousseur éclaboussent les étoiles. Dans quelques mois, Ford aura 70 ans. Il fera encore Frontière chinoise, se mettra en pyjama pour sept ans de plus, et partira nous décevoir ailleurs.

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