quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

«7 décembre, Pearl Harbor». John Ford, 1943. Cinéastes de propagande

09/05/1995 à 05h12

SKORECKI Louis

PLANÈTE, Oh40. «7 décembre, Pearl Harbor». John Ford, 1943.

Cinéastes de propagande

Quatre réalisateurs au service de l'armée américaine.

Planète commence ce soir la diffusion d'une série de films de propagande réalisés en pleine guerre par des cinéastes américains ­- Frank Capra, John Huston, William Wyler et John Ford. C'est ce dernier qui, en 1943, signe 7 décembre, Pearl Harbour, sur une commande du Département de la Guerre et du ministère de la Marine.

Il s'agit de montrer la vie à Hawaï avant, durant et après l'attaque japonaise. Le soleil se lève. L'horizon est clair. Personne ne se doute du péril armé qui guette. Un homme dort dans une chaise longue, deux soldats marchent au petit matin.

Si certains redoutent des menaces intérieures (sabotages, soulèvements), personne n'envisage une attaque ou une invasion. Vers 7 heures du matin, en ce 7 décembre 1942, Pearl Harbour sommeille. Le premier autobus sort du dépôt. Un homme pêche à la ligne. Les 86 vaisseaux présents, destroyers, dragueurs de mines, sont au repos. L'atmosphère est sereine et paisible, quelques mécaniciens au sol commencent le travail.

Des soldats en rang assistent à une messe militaire. Le prêtre leur rappelle d'envoyer à leurs familles des lettres et des cadeaux, par exemple un pagne pour la petite soeur. Dans cette cérémonie digne, on sent déjà le regard tendre de Ford pour ces hommes qui ne savent pas encore ce qui les attend.

Quelques minutes après 7 heures, un incident se produit à un poste de veille mobile de l'armée de l'air. Le 2e classe Joseph Lockard remarque quelque chose d'anormal sur son radar. Une partie de l'écran a été censurée pour qu'on ne puisse voir les appareils de détection militaires. On sent bien que c'est un film de propagande immédiate et on se méfie de l'ennemi.

Le soldat Lockard alerte le QG et indique qu'une importante flotte aérienne se dirige vers Oahu. On lui répond qu'on attend des B17 du continent et que ces avions sont sans doute américains. Si l'on avait donné suite à cet incident, souligne le commentaire, les forces américaines auraient disposé d'un temps bref mais précieux pour organiser la défense, ce qui aurait pu changer le cours des événements de ce jour funeste.

7 h 50 à l'horloge de la tour d'Aloha. Un vrombrissement de moteurs commence à se faire entendre. Le ciel est nuageux. Quelques soldats regardent en l'air pour identifier le bruit. Comme une nuée de sauterelles, les avions japonais fondent par le sud, le sud-est, le nord. Au même moment, c'est un radieux dimanche après-midi à Washington, et deux délégués nippons souriants discutent aimablement avec le secrétaire d'Etat.

Deux cents avions japonais descendent sur Hawaï, ce petit paradis du Pacifique. Ils savent qu'aucun avion de reconnaissance, pas le moindre patrouilleur, n'est opérationnel. Ils connaissent tous les emplacements stratégiques. Le commentaire dénonce la félonie d'un Empire qui éclate au grand jour.

A 7 h 55, les hommes du ciel répandent l'enfer sur terre. Explosions, incendies, un homme seul tire vers le ciel avec un fusil. La cérémonie religieuse s'arrête net et le prêtre bénit les soldats américains. Les hommes tombent l'un après l'autre, les bateaux sont touchés. Toute cette partie, purement guerrière, du film est terrible, pleine de bruit et de fureur. Un enfant pleure. Un couple de vieillards regarde le ciel.

Au consulat du Japon, un diplomate nie encore l'attaque. Est-ce un extrait documentaire ou une scène reconstituée, on ne sait pas. Tout l'art de Ford est de nous entraîner dans un reportage aussi émouvant et digne qu'une de ses fictions.

Le film insiste sur la deuxième phase, qui voit enfin la contre-attaque des Américains. A 9 h 45, après «une heure cinquante d'infamie», le raid est terminé. «Notre nation se souviendra toujours de cette odieuse agression», insiste le président Roosevelt. On voit les ruines, les blessés, les civières. Et Ford a soudain une idée géniale, celle de faire parler les morts. On s'arrête devant une tombe et une voix off, sur une photo de soldat, raconte: «Je m'appelle Robert R. Kelly, de l'armée des USA.» On voit ses parents, toujours vivants. Les morts et leurs familles défilent ainsi, Ford prenant bien soin qu'il y ait un Noir et un Mexicain dans le lot. On pense aux Raisins de la colère, face à ces gens ordinaires qui témoignent devant la caméra.

La voix off apprend même à un soldat mort qu'il a un bébé, né le jour de son anniversaire. On voit la mère et le bébé. Le soldat mort remercie et trouve formidable son enfant. «Comment se fait-il, Lieutenant, que nos voix soient toutes pareilles?» La voix off est effectivement la même pour tous les soldats morts. «Nous sommes tous pareils. Nous sommes tous américains.» Et une prière-gospel retentit sur ces si belles images.

Le reste du film, moins émouvant, démonte la propagande japonaise et exalte l'esprit militaire de revanche des soldats américains. Il minimise aussi les pertes réelles que les Japonais ont fait subir aux bateaux de guerre américains.

En trente-cinq minutes serrées, Ford a dressé un véritable hymne guerrier à la démocratie américaine, preuve que la propagande intelligente a encore beaucoup à nous apprendre.

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