segunda-feira, 14 de setembro de 2015

A Canterbury Tale. Ciné Cinéfil, 20h35.

LOUIS SKORECKI 27 NOVEMBRE 1997 À 12:55

Maniérisme encore et toujours. Revenant pour la énième fois, avec ce Canterbury Tale mineur, sur l'oeuvre méconnue et exaltée de Michael Powell, de loin le plus grand styliste anglais, il nous faut encore une fois mettre prudemment les points sur les i. La lecture de sa belle et maniaque autobiographie, Une vie dans le cinéma (livre austère et rigolo de 800 pages, Actes Sud), ne nous expliquant pas vraiment en quoi consiste le travail de ce cinéaste maniériste (et quelquefois maniéré), il faut encore et toujours chercher à savoir d'où ça vient. En peinture, le grand maniériste est sans doute Botticelli. Plus près de nous, il y a aussi le Britannique et impressionniste Turner et ses marines aux brouillards pastel. De Botticelli, le maniérisme retiendrait une certaine rondeur décorative des courbes, un sur- lignage presque photographique des cadrages, un revenez-y crayonné à même l'esquisse, un à-peu-près proche de la perfection, un art déjà envisagé du remake.

Au cinéma, l'antimaniériste radical c'est Stanley Kubrick, occupé à s'inventer à chaque film une nouvelle problématique artistique et commerciale. Le plus grand maniériste de l'histoire du cinéma, pourtant rompu aux discours politiques les plus fourbes, c'est sans nul doute Eisenstein, le plus maniériste de ses films étant Ivan le terrible et le plus maniériste chez Ivan se trouvant évidemment dans la troisième et dernière partie, en couleurs primitives et sophistiquées, sommet de décadence échevelée radicalement homosexuelle.

Revoir Michael Powell. En vidéo, en oeuvre complète, en rééditions savantes, en ressorties épuisantes, en remords prudents, en fiévreux flashes-back, en analyses meurtries, en préméditations hitchcockiennes, en storyboards éblouis. En espérant qu'un Martinand programme à la Cinémathèque, lieu idéal de retrouvailles familières, un hommage enfin exhaustif. On suggère, pour faire équilibre, une rétrospective simultanée des films du maître hollywoodien du mélodrame, John Stahl, autrement décadent et raffiné. Quelque chose comme la perfection technicolor retrouvée.

SKORECKI Louis

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