segunda-feira, 7 de setembro de 2015

A Child Is Waiting, Cinétoile, 21 h 05.

LOUIS SKORECKI 7 JANVIER 2000 À 22:06

Le génie de Cassavetes, si tant est qu'il y ait génie, ne s'envisage qu'immature, ivre, abruti. Dans A Child Is Waiting, comme dans Gloria, il s'agit d'enfance blessée, irrémédiablement adulte, irrémédiablement infirme. La blessure, comme on dit, est intérieure. Ces enfants-là, le gamin à la voix-Pinocchio de Gloria, les petits autistes en mal d'amour de A Child Is..., on n'avait pas le droit de les filmer. On ne doit pas filmer un enfant. Un animal, non plus d'ailleurs. Trop facile, trop difficile. Longtemps, il y a eu une seule exception: Une vie de chien, le Kid, bâtardise géniale de Charlot oblige. On a élargi depuis la licence à la Nuit du chasseur. Après des années de honte, on s'est aussi fait à Balthazar, l'âne de Bresson, et même au Cheval de Donskoï, deux bêtes que deux manipulateurs lyriques ont fait pleurer. Décidément, on devient de moins en moins exigeant. La télé, peut-être, allez savoir. Maintenant, c'est fichu: Deligny, Dardenne, Kiarostami, les Petites Canailles, Shirley Temple, le Magicien d'Oz, Antoine Doinel, Cassavetes... ça, pour mouiller, ça mouille... Passons. Le cinéma est ce qu'il est. Cassavetes a mal digéré le «mauvais traitement» que son producteur, Stanley Kramer, fit subir à «sa» version de A Child is..., un scénario pourtant écrit dès l'origine pour un vague téléfilm larmoyant par Abby Mann. Dossier complexe: Kramer, souvent méprisé pour ses films à thèse (Jugement à Nuremberg, Devine qui vient dîner ce soir...) est le réalisateur méconnu de deux beaux films très originaux, Un monde fou, fou, fou et surtout The Runner Stumbles. Au final, d'ailleurs, A Child Is... est plutôt une violente histoire d'amour virtuelle entre deux adultes, limite obscène: Judy Garland, à deux doigts de la mort et de la folie, et Burt Lancaster, idéalement non crédible en psychiatre sévère pour enfants inadaptés. Entre ces deux-là, l'hystérie passe. Entre le pédé musclé de Tourneur ou Visconti et celle qui posa, Alone, pour la plus belle pochette de disque de tous les temps (Capitol), la musique s'installe. C'est le plus beau Cassavetes. Les violons ont toujours raison.

SKORECKI Louis

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