segunda-feira, 14 de setembro de 2015

A l'ombre des potences. Cinétoile, 21h.

LOUIS SKORECKI 8 AVRIL 1998 À 00:01

En 1955, l'année où Alfred Hitchcock comprend, avec les miniatures policières qu'il présente lui-même, que c'est à la télévision qu'il faut faire dorénavant son cinéma, Nicholas Ray entreprend perversement de réinventer Hollywood avec A l'ombre des potences, un fabuleux western lyrique et déviant, coincé entre ses deux films emblématiques, Johnny Guitar et la Fureur de vivre. Ici, on suit les relations heurtées, à la fois cyniques et sentimentales, entre deux pistoleros louches à la limite de la légalité, un shérif sur le retour (James Cagney) et un teenager canaille (John Derek). La grande obsession abrahamique de Nicholas Ray, tuer le fils plutôt que tuer le père, qui court dans tous ses films (le même John Derek finit sur la chaise électrique dans les Ruelles du malheur, James Mason veut sacrifier son enfant dans Derrière le miroir), conduit simultanément chacun des protagonistes à attenter à la vie de l'autre. Père adoptif d'un Derek gentiment voyou qui ne se gêne pas pour tenter de le noyer, James Cagney finira par l'abattre d'une balle de revolver alors que le fils félon tentait pour une fois de lui sauver la vie. Amour, haine, filiation, destin. Lenteur, mélancolie, tristesse. James Cagney est un rescapé du White Heat de Raoul Walsh, John Derek un double improbable de James Dean, deux icones pour le cinéma encore en gestation de «Gentleman» Jim Jarmusch. Ici, la mort des fils donne au bonheur des pères une sorte de sagesse inquiète qui ne les quittera pas. Ici, l'hiver donne à l'hiver une accolade amère.

C'est ce même Nicholas Ray, devenu cinéaste underground par nécessité à 65 ans, qui inventera avec We Can't Go Home Again, à quelques mois de distance de Numéro Deux, un même écran éclaté et lyrique pour ses délires généalogiques. Des dizaines de James Dean alternatifs s'y zigouillent l'âme à coups de revolvers métaphysiques. Rebelle sans cause, drogué d'amour, Nicholas Ray s'affirme ainsi à la fois comme le dernier classique et le premier moderne, Peau-Rouge éternellement ivre d'un cinéma à venir.

SKORECKI Louis

Nenhum comentário:

Arquivo do blog