segunda-feira, 7 de setembro de 2015

Arte, 20h45. «Petites», téléfilm événementiel de Noémie Lvovsky, réalisatrice pour le cinéma d'«Oublie-moi». L'âge ingrat en état de grâce.

LOUIS SKORECKI 12 JUIN 1998 À 05:38

Surdouée, charmeuse, aphasique, bavarde, maniaque, hystérique, obsessionnelle, voici Noémie Lovsky qui s'avance avec ses Petites. Elle a choisi de parler de quatre fillettes en pleine surchauffe, entre enfance et premiers flirts, énervées, énervantes, ébouriffées. Résultat sidérant, insituable, en tout point événementiel dans le petit monde de la télévision: il ne s'agit pas ici d'un film de cinéma mais bien d'un téléfilm, raison suffisante pour ne pas le chroniquer en pages programmes, même s'il conclut une semaine de potins théoriques sur le post-cinéma.

Age résolument ingrat. A la différence de son premier film formidablement frigide et répétitif, Oublie-moi, Lvovsky se lance ici dans la régression furieuse, balançant ses quatre héroïnes dans la France des tubes disco de Christohe ou de Patrick Juvet (Où sont les femmes?). Tout se passe comme si la réalisatrice avait regretté de ne pas avoir signé un épisode de la série de Chantal Poupaud pour Arte, Tous les garçons et les filles, série modèle d'inventivité sur le mode mineur, sur fond de musique rock et rétro. Elle ajoute donc son post-scriptum à ce parcours obligé à travers la jeunesse d'un(e) cinéaste, avec surprise-party pour étape obligatoire, modifiant sensiblement les règles du jeu en faisant de ses personnages des gamines de 12-13 ans et pas des adolescentes de 16 ou 18 ans.

Toute la différence est là, dans cet âge résolument ingrat célébré avant elle par une cinéaste de génie, Jane Campion, avant que celle-ci ne vire dans l'académisme néo-hollywoodien tordu de la Leçon de piano. Les court métrages en noir et blanc de Jane Campion mettaient en scène des fillettes affreuses, grosses, sentimentales et grimaçantes à la fois, léchant fébrilement le poster de Ringo Starr dans leurs chambrettes obscures. Sans doute sans le savoir, Lvovsky reprend l'intuition campionienne qui consiste à ne pas refuser le côté littéralement monstrueux de la pré-adolescence (ou de la post-enfance), s'enfonçant sentimentalement dans les rituels crétins de ses quatre anti-stars.

Jusqu'au rite final du sang échangé, rouge et épais, mêlé à même quatre jeunes poignets par quatre peaux rouges unies par quelque serment de confrérie secrète, de secte gamine, trente ans avant que les années sida ne rendent une telle cérémonie impossible, Noémie L. s'aventure hardiment dans les hasards du petit budget, légèreté télé et son télé portés comme un drapeau flamboyant, à la manière d'un documentaire pris sur le vif. Reportage «direct», très aérien, très «Nouvelle Liberté». On est dans l'effet trash, le réalisme bariolé, les images décadrées, cruelles, les couleurs qui flambent, entre déclarations énervées («On s'embrassera, et puis on fera l'amour») de fillette décidée à devenir enfin femme, vite fait, n'importe comment s'il le faut, et les blagues idiotes, les tragédies incomprises par le monde adulte, dans un véritable juke-box d'images, au rythme de l'enfance enfuie, de l'adolescence espérée... Baiser, baiser, baiser... Devenir enfin «femme», se transformer, muter... Cesser d'être moche, con, mal dans sa peau... En oubliant au plus vite cette manière de traumatisme personnel, qu'on imagine évidemment autobiographique, le supplice de la corde... Monter, redescendre... Cauchemar pour jeune fille trop grosse, bloquée, brisée, à demi-suicidée, déjà.

Télécinéma convulsif. Un dernier mot: le prochain film de Noémie Lvovsky, qui sera la suite de Petites (Grandes?), inclura des stock-shots de ce téléfilm égaré. Des images télé dans un film de cinéma... Une fusion, enfin. Une bonne blague. Télécinéma convulsif, qui sait très bien ce qu'il fait. On attend juste un film, surtout pas un film juste, surtout pas un chef-d'oeuvre... Un truc définitivement mineur, qui ne porte pas plus à conséquence que Petites. Un film personnel, loin des errances esthético-maniéristes du film d'auteur ou des peinturlurages du post-cinéma.

SKORECKI Louis

Nenhum comentário:

Arquivo do blog