quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Arte. 22h25. Délivrance.

LOUIS SKORECKI 4 MARS 1996 À 03:13

Arte nous offre un cycle bienvenu de films réalisés pour la télévision, en commençant par deux magnifiques Satyajit Ray. On verra ensuite des soirées consacrées à Jane Campion, Bergman et Zanussi. Le Lâche (1965) qui est programmé à 23h15 est déjà passé à la télé. Il raconte les retrouvailles difficiles d'un homme avec une femme qu'il a aimée jadis. Quant à Délivrance (Sadgaty, 1981), c'est un chef-d'oeuvre de cruauté et de concision dont l'intensité égale celle des plus beaux longs métrages de Satyajit Ray.

En une cinquantaine de minutes, on suit le destin inexorable d'un homme de basse caste, confronté à l'indifférence de ceux qui lui sont supérieurs. Une femme en sari rose porte de l'eau. C'est Jhria, jouée par la grande actrice Smita Patil. Elle est mariée à Dukhi le douloureux (Om Puri), un cordonnier membre de la caste des intouchables. Il coupe de l'herbe et il a un vertige car il sort d'une longue maladie. L'herbe est un présent pour le brahmane que Dukhi doit aller chercher pour qu'il bénisse le mariage de sa fille.

Le seigneur fait travailler Dukhi avant de le suivre. Les travaux sont de plus en plus durs et le dernier, qui consiste à débiter un tronc d'arbre avec une hache rudimentaire, est harassant. Dukhi n'a rien mangé de la journée et il ne sait pas comment on coupe le bois. Il essaye d'aiguiser la lame en vain et pour oublier sa faim fume un chilum que lui a prêté un voisin.

Le brahmane et sa femme se disputent inutilement pour savoir s'il faut donner à manger à l'intouchable. Dukhi frappe et jette la hache de désespoir. La caméra s'avance et le montre à bout de forces, en larmes. Rarement désespoir aura été si impitoyablement filmé.

Le seigneur vient réveiller Dukhi endormi de fatigue, lui refuse la nourriture et lui ordonne de couper l'arbre. Harassé, Dukhi s'écroule et meurt. Personne ne veut déplacer le corps de ce pauvre homme. On accuse le brahmane de cruauté mais personne n'ose toucher le cadavre. Jhria vient voir son mari mort et lui reproche de l'avoir laissée seule. La pluie se met à tomber.

C'est la brahmane lui-même qui traînera le corps, la nuit, vers une décharge. Le ciel est bleu. Un homme nous a quittés.

SKORECKI Louis

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