quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

ARTE, 23h20. Akerman, autoportrait. Elle voit sa vie en rushes.

LOUIS SKORECKI 19 FÉVRIER 1997 À 17:23

C'est un autoportrait, le premier de la série Cinéma, de notre temps (à 23h20), agaçant, narcissique, à l'image de ce petit bout de femme dont la filmographie est déjà impressionnante. Dans la première partie, Chantal Akerman explique longuement, face à une caméra patiente qu'elle regarde droit dans les yeux, sa petite histoire d'amour avec le cinéma. En interprétant un texte écrit, répété, trafiqué, elle s'installe dans cette gêne magnifique qu'elle sait, comme Duras, distiller au compte-gouttes. Passant de la blague juive revisitée aux bribes de souvenirs d'une grand-mère peintre («Ma mère a dit: «C'étaient de très grandes toiles, il y avait des femmes, des visages qui me voyaient»), elle insiste sur la transgression qu'a représentée pour elle, jeune juive née en Belgique, le fait de filmer, donc de représenter la figure humaine.

Après cette confession outrageusement intime, Akerman bascule dans une autre manière d'autoportrait: elle choisit de «traiter ses anciens films comme des rushes», tous les extraits défilant anonymement, sans titres ni dates, dans une fiction imaginaire qui rappelle son D'Est onirique.

Autour de la figure centrale de Delphine Seyrig dans Jeanne Dielman (1975), des contrechamps narratifs nous entraînent de l'enfantin Saute ma ville (1968) aux chansons criardes de J'ai faim, j'ai froid (1984), du mutisme biblique de Je, tu, il, elle (1974) aux plans fauves des Rendez-vous d'Anna (1978), en tout une quinzaine de beaux films qui retrouvent ici une fraîcheur nouvelle. D'une séquence à l'autre, le personnage d'Akerman actrice traîne sa dégaine de Charlot maladroit, curieusement réincarné par l'héroïne de Portrait d'une jeune fille des années 60 à Bruxelles (1993). On regrette d'autant plus l'omission de l'Homme à la valise (1984), le seul vrai film burlesque de cette cinéaste singulière.

SKORECKI Louis

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