quarta-feira, 2 de setembro de 2015

ARTE, 23h50. «Rêves», film japonais, en VO. Dans le désordre du petit maître Kurosawa.

LOUIS SKORECKI 26 SEPTEMBRE 1997 À 08:50

Kurosawa Akira est un curieux bonhomme.Longtemps resté dans l'ombre de ses trois aînés glorieux: Ozu Yasujiro (1), Naruse Miko et surtout Mizoguchi Kenji, le maître du Nô (là où kurosawa vire plutôt côté kabuki),ce Mizoguchi dont Arte diffuse, le 3 octobre, le translucide Contes de la lune vague après, film hyper connu en même temps que chef-d'oeuvre incontestable et incontesté, Kurosawa est un très irrégulier filmeur de drames humains (portés à la perfection dans le catho-bouddhiste Barberousse), de pré-western spaghetti (les Sept Samouraïs et surtout Yojimbo et Sanjuro des camélias, deux films divins et drôles avec un Toshiro Mifune fabuleux), mais aussi de beaucoup de ringardises datées sur lesquelles il vaut mieux passer vite, comme ses deux néo-coppolesqueries entropiques de carnaval, Kagemusha et Ran, ou ce tardif Rêves tourné en 1989 et diffusé ce soir, film aussi étonnant qu'inégal.

Oublions vite Rashomon, joli film malin pour palmes festivalières, et revenons sur ce Madadayo (1993) en forme de film ultime enfin apaisé (que l'on a pu voir lundi dernier sur Arte, qui le commercialise bien à propos en vidéo). Kurosawa y raconte, autobiographie vieillarde à peine décalée, les dernières heures d'un maître (instituteur militaire serait plus correct) qui s'apprête à partir à la retraite, qui s'apprête à mourir, en rêvant à son passé de petit garçon joueur juste avant qu'un gros nuage rose et une musique néon-new age ne remplisse l'écran, et nos têtes, assagies elles aussi. Ça se passe, incidemment, en 1947, dans cet immédiat après-guerre nippon meurtri, et ça avance doucement jusqu'à nos vieux jours cyniques. Le film est beau, dernière grimace d'un vieux sage à peine zen, mais il ne vaut ni le ludique Dersou Ouzala, réalisé en coproduction aventureuse et commerciale avec les Soviétiques ni, surtout, Dodescaden, chef-d'oeuvre hard et méconnu du public japonais acculturé, échec qui conduisit Kurosawa au suicide. Suicide raté dont il se remit, précisément, avec le gamin Dersou Ouzala. Chant du cygne, comme on dit vulgairement (on dit aussi «petite musique»), Madadayo dégage néanmoins une magnifique et triste splendeur.

Et Rêves? Encore dans la mouvance de Coppola, côté production tout autant que sur ses versants esthétiques et éthiques, ce film à sketches ne se retient que par l'épisode hypermédiatisé du nain Martin Scorsese en train d'endosser, le temps de quelques tournesoleries jaune citron, les défroques photogéniques du pauvre Vincent Van Gogh. Une manière comme une autre, pour Kurosawa, de nous rappeler qu'au panthéon cinématographique japonais, il n'est qu'un petit maître. En attendant qu'une chaîne de télé un peu courageuse, voire un exploitant pas trop roublard, ressorte enfin le définitivement pathétique, onirique et criard Dodescaden, chef-d'oeuvre trop étrangement définitif sans doute pour Kurosawa lui-même, on se contentera de ces Rêves trop espéranto, trop world.

(1) Dont Une auberge à Tokyo passera le jeudi 9 octobre sur Arte.

SKORECKI Louis

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