quinta-feira, 10 de setembro de 2015

ARTE, dimanche, 20h45. «Cent Ans de western à Hollywood», soirée thématique. Du muet aux séries, Western Story. Un documentaire saga en prélude à une semaine qui célébrera le genre.

09/09/1995 à 08h28

SKORECKI Louis

En 1903, George Barnes, le premier bandit de l'histoire du western, tire un coup de feu vers la caméra. Nous sommes en train de regarder The Great Train Robbery (le Vol du grand rapide), un film d'Edwin S. Porter, le premier à raconter une histoire. Les spectateurs en ont pour leur argent puisque le film est également en couleurs, chaque photogramme ayant été peint à la main. Dans les vingt années qui suivront, le monde entier se précipitera pour le voir.

Dix ans plus tard, en 1913, Cecil B. De Mille, un ambitieux metteur en scène de la côte Est, cherche un endroit où tourner des extérieurs pour son premier film, The Squaw Man. Dans les faubourgs de Los Angeles, il découvre Hollywood, une ville d'agriculteurs tranquille et conservatrice. De Mille utilise une ferme: grâce à des cloisons, il transforme les écuries en plateau pour tourner la plupart des scènes d'intérieur. Quant à la façade du bâtiment, elle devient l'extérieur d'un saloon. Le succès extraordinaire de The Squaw Man consacre Hollywood, qui devient un endroit recherché où produire des films.

Le premier héros de western est Bronco Billy Anderson. Epais et costaud, il semble peu désigné pour devenir une star. Et pourtant, entre 1907 et 1917, il ne tourne pas moins de cinq cents westerns. Ensuite, c'est William S. Hart qui incarne un héros fort et silencieux. Acteur de théâtre à New York, il sauve à lui seul le genre de la médiocrité. Il dirige ses propres films et porte à l'écran des oeuvres d'un réalisme absolu, qui captivent le public.

Tom Mix arrive ensuite, accompagné de son fidèle cheval, Tony. Humour et habiles cascades caractérisent son style. Ses rivaux critiquent ses costumes chamarrés qu'ils comparent à des arbres de Noël, mais pendant les années folles, Tony et Tom sont le cheval et le héros les plus célèbres du monde.

L'arrivée du parlant ajoute un réalisme saisissant. On voit une scène de In Old Arizona, le premier western parlant tourné en extérieurs. Le micro volumineux est caché derrière une selle d'où il recueille les effets sonores et la voix de Warner Baxter. Avec la voix, de nouveaux visages apparaissent. Notoriété immédiate pour le jeune Gary Cooper dans le Traître du Far West, au côté de Walter Huston. Les westerns se révèlent des bancs d'essai pour les futures vedettes: ainsi The Painted Desert, dans lequel William Boyd, le futur Hopalong Cassidy, joue le héros, et Clark Gable le méchant dans son premier rôle parlant.

L'engouement pour les westerns de série B incite les studios à investir dans de plus grosses productions. Le public n'avait jamais vu des ruées de chevaux et de chariots bâchés comme celles de Cimarron, le premier western à remporter l'Oscar du meilleur film. Au milieu des années 30, une vedette de la radio, Gene Autry, devient le premier cow-boy chantant. Il ne boit pas, ne fume pas, respecte le code de l'honneur de l'Ouest. Et ses disques se vendent par millions. Homme d'affaires avisé, il deviendra le cow-boy le plus riche du monde.

Rival de Gene Autry, Roy Rogers se propulse au rang de roi des cow-boys pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais l'événement le plus important se situe à la fin des années 40, quand William Boyd a l'idée de racheter les droits de ses vieux Hopalong Cassidy pour les proposer à un nouveau media, la télévision. En 1959, l'heure de grande écoute est dominée par les westerns: les téléspectateurs ont le choix entre vingt-quatre séries!

Tout ça, nous l'apprenons dans un beau documentaire au titre évocateur, Cent Ans de western à Hollywood. Il occupe une place de choix dans la première soirée thématique de la semaine western. On pourrait critiquer le choix des films présentés, ainsi que l'absence d'un Budd Boetticher alors qu'on peut voir son portrait réalisé par Claude Ventura et Philippe Garnier pour Cinéma de notre temps, l'émission de Janine Bazin et André S. Labarthe.

Que dire du portrait? C'est une curieuse mise en scène de l'échec d'une rencontre. Sous le titre Boetticher Rides again, les auteurs juxtaposent deux réalités: une vision mélancolique des films du maître sur une télévision à cristaux liquides installée dans le décor de ses films, et un entretien dans lequel le cinéaste se montre rebelle à toute explication, à la moindre évocation. Si les auteurs ont le courage de constater le hiatus entre eux et Boetticher, cela n'empêche pas le cinéaste de rester absent et lointain.

Revenons à la soirée Théma proprement dite. Elle commence par quelques minutes avec Jean Giraud, alias Moebius et Gir, qui confronte son héros de BD, Blueberry, aux westerns qu'il a aimés. Pour lui, l'Ouest est un vaste terrain de jeu, une immense récréation. Il connaît bien l'histoire du western qu'il compare aux Pyramides, un trésor du pharaon sans cesse pillé et retrouvé.

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