segunda-feira, 7 de setembro de 2015

Artistes et modèles

LOUIS SKORECKI 13 DÉCEMBRE 2001 À 01:56

Cinétoile, 21 h.

Deux films de Jerry Lewis, ça ne se refuse pas. Artistes et modèles est de la main de Frank Tashlin, le maître du pitre au pensionnat. C'est le chef-d'oeuvre de ses années Dean Martin, une fantasmagorie dans le monde antinaturaliste des comics et des femmes de bandes dessinées. Il est suivi à 22 h 45 de The Family Jewels (les Tontons farceurs), que Jerry Lewis signe dix ans plus tard, en 1965. Dix ans, pour un surdoué, c'est assez pour faire des merveilles, certes saturées d'invraisemblances inutiles, de parasites extra-cinématographiques, mais merveilles quand même. Comme Samuel Fuller, un autre cinéaste du repli sur soi, un autre baroque, Jerry Lewis s'est laissé briser par la France. Porté aux nues de manière presque surréaliste par un gang d'admirateurs excessifs, Jerry Lewis s'est mis à trop croire en lui-même. Quand il doutait, ses schizo-expériences filmiques déchiraient les conventions, outrepassaient le bon goût, retrouvant au passage les dégobillages noir et blanc des grands burlesques, Harry Langdon ou Stan Laurel (il rend hommage au souffre-douleur d'Oliver Hardy dans The Patsy). Enchaînant les rôles et les déguisements plus vite que son ombre, Jerry Lewis commence à décliner dans The Family Jewels. Dans les six ou sept films qui suivront, entre 1966 et 1983, le clown pleure des larmes de plus en plus artificielles, de plus en plus factices. Les fautes de goût transgenre des débuts, comme cette montre de femme aperçue au détour d'un plan tordu sur un poignet poilu, laissent place à des films lisses auxquels plus personne ne rit.

Dix ans plus tôt, Jerry Lewis a encore des rêves mouillés. Tellement effrayants et immatures que Dean Martin en dessine les contours comme autant de prolongements érotiques des aventures d'Arizona Jim vues par Jean Renoir. Même liberté terrifiée, même fantastique débridé, avec un Technicolor sensuel en guise d'accélérateur. Au passage, des créatures de rêve trouent l'édredon du désir. Quand des filles fuselées comme Shirley MacLaine, Dorothy Malone, Anita Ekberg ou Eva Gabor, passent dans ta chambre à coucher, l'érection est automatique. Frank Tashlin, qui s'y connaît en exploits sexuels (pendant ses années Porky Pig, 1936-1938, il s'est souvent abandonné à des essais érotiques, notamment avec une Petunia Pig digne d'un film sadomaso de John Waters), laisse ici aller ses traits de cartoonist. Il ne gomme rien. Même les désirs ambigus de Jerry, il ne les gomme pas.

SKORECKI Louis

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