segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Breaking the Waves. Arte, 20h45.

Par Louis SKORECKI — 9 novembre 1998 à 16:09

Arte, 20h45.

Scope catho, oh, oh! Post-cinéma, ah, ah! D'une virtuosité ivre, ce mélodrame daté donnerait des haut-le-coeur au marin le plus endurci. Signé d'un grand couturier de la mise en scène, attentif à ce que chacune de ses collections décoiffe l'imaginaire, il écoeure aussi par son stylisme excessif. L'histoire, pour ceux qui auraient raté cet événement médiatique, tourne autour de l'amour démesuré d'une femme pour un homme réduit à l'état de légume, et de ses transgressions pour le ressusciter. Dès qu'il y a miracle, comme ici, on pense évidemment à Ordet, et à Dreyer en général, danois comme von Trier. Ce dernier n'a pas besoin d'une telle comparaison pour tomber dans le ridicule, qui n'est d'ailleurs pas le pire défaut au cinéma. Comme d'autres productions emphatiques, La vie est belle, la Vie rêvée des anges, Breaking the Waves ne marche qu'à l'effet de casting, c'est une paire d'acteurs-lapins qu'un cinéaste prestidigitateur sort de sa manche.

Depuis ces ferveurs cathédrales, von Trier s'est refait une virginité militante avec Dogma, sorte de manifeste qui singe la plupart des diktats esthétiques de la nouvelle vague (qui n'en avait heureusement pas, de diktats). Manière de programme pour un communisme esthétique, Dogma a semé la terreur à Cannes, festival par excellence honteux de ses ors et de ses défilés. Pourquoi pas? Entre le cérémonial larmoyant de Breaking the Waves et le nudisme boy-scout même pas provo des productions Dogma, il y a place pour un cinéma qui bêle moins fort, un cinéma en mineur qui ne s'exporte heureusement pas, qui ne s'appelle même pas cinéma, d'ailleurs. Dans les plis de la télévision au quotidien, les antidotes à la prétention des «artistes» du moment commencent à semer le doute. Ce que Lars von Trier a fait de pire jusqu'ici, l'Hôpital et ses fantômes, sortira un jour au cinéma, comme ses mille huit cents heures de rushes pour les Idiots, récemment projetés dans une galerie d'art parisienne.

Louis SKORECKI

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