segunda-feira, 7 de setembro de 2015

Ce bon vieux Sam

LOUIS SKORECKI 17 OCTOBRE 2002 À 01:26

Ciné Cinéma Classics, 18 h 50.

Au moment où l'on survend un peu partout le retour commercial de Chaplin et du Dictateur (des centaines de copies, des images nettoyées, des DVD collectors, livres illustrés, numéros spéciaux, bio-analyses...), il n'est pas inutile de rappeler que la télévision (un autre mot pour «cinéma», et un meilleur mot, au regard de l'invention des Lumière) fait ça de toute éternité, ressortir des films. Le Dictateur à la télé ­ pardon d'insister ­, c'est le même film qu'au cinéma. Aussi beau, aussi généreux.

Décidément, le mot «intégrité» se perd. Leo McCarey, c'est l'intégrité du catholicisme américain, ce mélange de religion fondatrice et de spectaculaire, sans oublier la gêne, tout aussi fondatrice, qui lui appartient en propre depuis le jour où il inventa Laurel et Hardy. Mélange d'harmonie et d'hiatus qui zèbre d'un coup de cutter gamin les conventions du cinéma hollywoodien, celles des artistes et celles des commerçants. Comment mieux résumer Ce bon vieux Sam que dans l'impeccable échange de dialogue, si bien retranscrit par Lourcelles qu'on dirait un haïku : «Votre mari boit-il ? ­ Non ­ Joue-t-il ? ­ Non ­ Aime-t-il une autre femme ? ­ Non, il aime l'humanité entière.» Sam est tellement ordinaire qu'il en devient plus grand que la vie. C'est un enfant-monstre à l'élégance désuète, arpentant à la lueur des projecteurs les ruelles mal éclairées de McCareyLand.

Gary Cooper, le personnage comme l'acteur, est trop généreux pour être de ce monde. Une générosité irréfléchie, extravagante, organique. McCarey a passé sa vie à inventer des Charles Laughton, des Bing Crosby, des Charles Boyer, des Deborah Kerr. Ils ont rendu leurs personnages légendaires en se les appropriant. On dira que c'est ça le métier d'acteur. On dira que c'est ça le cinéma. Mais le cinéma n'est le cinéma qu'en tant qu'il s'envisage possible. «Faire que les spectateurs sortent de la salle un peu plus heureux qu'ils ne l'étaient en y entrant», c'est la devise de McCarey. Le Talmud, encore : «Si ce ne sont pas des prophètes, ils sont (tout de même) des fils de prophète.».

SKORECKI Louis

Nenhum comentário:

Arquivo do blog