segunda-feira, 7 de setembro de 2015

Céline

30 AOÛT 2004 À 01:56

LOUIS SKORECKI

Il y a un demi-siècle, tout était plus simple. Les grands auteurs, Walsh ou Hitchcock, Renoir ou Bresson, Dreyer ou Mizoguchi, étaient au mieux de leur forme. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, puisqu'on savait aimer leurs films sans nécessairement penser à leur attribuer un nom d'auteur, une signature. Saleté de signature, saleté de politique des auteurs. Il faudrait plutôt dire politique des hauteurs, non ?

L'art tue dès lors qu'on sait que c'est de l'art. C'était le bon temps. On ne pensait qu'aux acteurs, on ne parlait que d'eux. On n'avait que leurs noms sur la bouche. Dis, Rosine, tu as vu comme il est beau, Gérard Philipe, dans Fanfan la Tulipe. Il saute, il bondit, il sourit. A chacun de ses sourires, je meurs. Tu exagères comme toujours, Ginette. D'abord, n'oublie pas que c'est un communiste, un rouge. Tu as vu ce que dit Cinémonde, non ? Traître pour traître, je préfère Marlon Brando. Tu l'as vu dans Sur les quais ? Il a des épaules, je ne te dis pas. Et ses fesses ? Tu as déjà vu des fesses comme ça ?

On sait aujourd'hui (en tout cas, on devrait le savoir) que Gérard Philipe et Marlon Brando étaient de piètres acteurs. Vitesse ne vaut pas nuance, allure ne vaut pas flamme intérieure. Si un Harry Baur vaut cent Gérard Philipe, un Cary Grant vaut mille millions de Brando.

On sait également aujourd'hui (en tout cas, on devrait le savoir) que Luc Moullet est le dernier cinéaste qui regarde encore du côté de Mizoguchi, et que Brisseau est le seul héritier d'Hitchcock et de Bresson. Dans Céline, c'est de Bresson qu'il s'agit. Légèreté des corps, fluidité de l'âme, amour de Dieu. Mieux vaut léviter chez Brisseau que ressusciter les morts chez Almodóvar. Il faut l'éviter, celui-là. L'un fait des miracles, l'autre part en couille. Si les couilles faisaient des miracles, ça se saurait, non ?

SKORECKI Louis

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