segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Charlotte for ever. Cinéstar 1. 0h10.

LOUIS SKORECKI 2 DÉCEMBRE 1998 À 18:23

Au passage, Serge Gainsbourg a signé deux ou trois beaux films, le dernier, Stan the Flasher, d'une noirceur et d'un pessimisme très impressionnants. Charlotte for Ever est son chef-d'oeuvre, une trouble histoire d'amour qui tranche sur la pureté ethnique de la plupart des films français. On l'a traité de tous les noms, trip, clip, flip, sans voir ses audaces ivres, ses danses obsessionnelles, sa rigueur sternbergienne. Documentaire glauque et contemporain sur quelques alcoolos trop sentimentaux, il est joué par trois formidables copains de cuite, Roland Dubillard, Roland Bertin et Gainsbourg lui-même, bafouillant leur dialogue comme une insulte, une prière. Dans cet univers trébuchant, où les mots ne sont jamais sûrs d'eux-mêmes, où une phrase peut se briser, se liquéfier, être à moitié avalée par la phrase qui suit, une fillette fait loi: Charlotte apparaît, et l'aquarium se transforme en prairie. Elle règne. Elle est la lumière. Tout le monde l'aime, la désire, l'attend. On ne parle que d'elle, on la caresse, on la console. Gainsbourg pelote ses copines lycéennes ou reçoit, en secret, une énorme bonne femme fellinienne pour quelque cérémonie privée. Charlotte, elle, aime son père d'un amour adulte et le déteste avec une haine d'enfant. Ses moindres mouvements sont captés tendrement par une caméra complice, la moindre de ses poses est fanatiquement recueillie comme une relique. Charlotte a 14 ans, elle se lave les cheveux tout en remuant frénétiquement ses jolies fesses de garçon manqué. Qui bande pour qui?

Au moment où les teenagers du monde entier, jeunes et vieux, ne savent plus rêver que sur la communauté Coca-Cola de Friends («Ceux-là, c'est sûr, s'aiment pour de vrai», VSD), déprimant village global célibataire vaguement aryen, la communauté inavouable et métèque des films de Gainsbourg donne de sales envies de transgression sexuelle. Juif jusqu'au bout des ongles, il nous entraîne dans son shtetl imaginaire, là où l'inceste romanesque remplace avantageusement les clonages esthétiques des pires séries hollywoodiennes à la mode.

SKORECKI Louis

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