quinta-feira, 10 de setembro de 2015

Ciné Cinéfil, 21h15. «Suez», film d'Allan Dwan (1936) avec Tyrone Power et Annabella. Du côté de chez Dwan.

14/10/1997 à 11h55

SKORECKI Louis

Suez raconte comment Ferdinand de Lesseps, jeune homme beau et aventureux (Tyrone Power), à force de faire maigrir un Egyptien trop gras, obtient l'autorisation, somme toute hollywoodienne, de construire le canal de Suez. C'est un beau mélo historique, mais c'est son auteur qui nous intéresse. Pour une fois que la télé programme, en prime-time, l'un des 333 chefs-d'oeuvre d'Allan Dwan (qui a signé 1 800 films!), on ne va pas faire la moue sous prétexte, cinéphiliquement justifié, que ce Suez, réalisé en 1936 avec des moyens spectaculaires, n'arrive qu'en 177e position sur la liste des chefs-d'oeuvre authentifiés du vieux maître.

Allan Dwan aurait aujourd'hui 112 ans. Rencontré à Hollywood, où il était en semi-retraite débonnaire au début des années 60, il racontait comment Douglas Fairbanks Jr avait envoyé une flèche d'archet dans le cul d'un figurant emplumé sur le tournage héroïque de Robin des bois (1922). Le vieux Dwan, en activité de réalisateur-auteur depuis, excusez du peu, 1911, n'avait jamais, de toute sa vie, donné une seule interview. Il racontait également ses déboires de fin de carrière en forme de séries B hollywoodiennes, des joyaux tels que The Restless Breed, et surtout, plus fauché encore (carrément Z), Most Dangerous Man Alive, réalisé en 1961, l'année ou il prend sa retraite. Il n'a alors que 76 ans. Un bien moins malicieux que lui, le néoclassique néo-académique Manuel de Oliveira tourne encore de jolis films prestement enlevés, à 90 ans bien sonnés.

Sale gueule de gangster B, embonpoint peu photogénique, gros nez gonflé de haïsseur d'enfants à la WC Fields, Allan Dwan était peu photographié, peu aimé, trop bourru pour être reconnu comme son collègue John Ford, pourtant moins doué que lui. Ci-dessus portraituré sur le tournage de Suez aux côtés de ses deux stars, deux des ciné-vedettes les plus célèbres des années 30, Tyrone Power, tendrement mélo, et Annabella la reine, fabuleuse Française hollywoodianisée, Garbo méconnue mâtinée de Louise Brooks intello, à l'occasion de ce joyeux tournage sur les avatars de l'invention, somme toute mélodramatique, aux yeux de Hollywood, du canal de Suez.

Orientaliste et maniériste, Suez devance à la fois le génial Michael Powell, maître de Scorsese, ainsi que les arabismes (comme on dit strabismes) du monde occcidental, les Jivago ou autres Lawrence d'Arabie. Au regard du refus de la véritable arabité par l'Occident, les arabismes de Suez sont plutôt sympathiques et acceptables (question subsidiaire au passage et pour rester en Egypte: pourquoi Youssef Chahine est-il systématiquement préféré au grand cinéaste Salah Abou Seif, qui vient de mourir?).

Un dernier mot. Il y a trois héritiers du classicisme épico-frontal, primitivisme sophistiqué inventé à Hollywood par D.W. Griffith: John Ford, trop connu pour être complètement honnête, et ses deux autres collègues néo-western, Allan Dwan et Raoul Walsh, dont, hasard de la programmation, l'aventureux Barbe Noire le pirate passe demain matin au ciné quartier de l'ami Dionnet, relayeur de l'ami Brion.

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