segunda-feira, 7 de setembro de 2015

Citizen Kane

LOUIS SKORECKI 2 JUILLET 2001 À 23:58

Arte, 20 h 45

On s'énervait, il y a une dizaine de jours, à propos d'un beau film académique de William Wyler, des ravages de la profondeur de champ, cette tarte à la crème du libéralisme cinématographique. Citizen Kane, le film inaugural d'Orson Welles, est évidemment celui qui a poussé d'emblée le bouchon le plus haut. Plus tu vois loin, plus tu plonges dans l'âme humaine et dans les entrelacs du monde, c'est un peu le message du jeune prodige, encore mince pour quelques années. Foutaises, évidemment. La profondeur de champ, c'est pour les gogos, les baziniens, les zoos. Belle ménagerie que celle de Citizen Kane, d'ailleurs, jeu de construction virtuose pour petit garçon insomniaque qui aurait abusé de la trousse à maquillage de maman. Dans sa jeunesse théâtrale aux quatre coins du monde, avant de faire joujou avec le cinéma, on se souvient que le jeune Welles s'inventait des biographies imaginaires qu'il dissimulait sous des couches de make up destinées à lui donner plus que son âge.

Jeune vieillard, vieil enfant, chuchoteur hystérique ou déclameur doux, Orson Welles aura trouvé chez un manipulateur d'un autre genre, Jean-Paul Sartre, l'un des rares critiques de Citizen Kane à sa hauteur: «Nous sommes constamment débordés par ces images trop ridées, grimaçantes à force d'être travaillées. Comme un roman dont le style se pousserait toujours au premier plan et dont on oublierait à chaque instant les personnages.» Seule une grande connivence de Sartre avec le projet wellesien, une connivence de fond, peut expliquer une telle clairvoyance. «Tout est analysé, disséqué, présenté dans l'ordre intellectuel, dans un faux désordre qui est seulement la subordination de l'ordre des événements à celui des causes», disait encore Sartre, ajoutant que «tout est mort» dans Citizen Kane, un film où «les inventions techniques ne sont pas faites pour rendre la vie». Chez Welles, la véritable émotion viendra plus tard. Arte ne s'arrête heureusement pas à Citizen Kane dans son hommage en quatre films et une poignée de courts-métrages pittoresques. On reverra avec plaisir la Splendeur des Amberson (1941), le seul film où le magicien Welles réussit à se faire disparaître complètement; et, surtout, Monsieur Arkadin (1955), thriller métaphysique bricolé avec des bouts de ficelle, qui joue de sa propre vitesse avec un art du ralenti étonnant. Aller vite, aller lentement, rien d'autre n'aura au fond intéressé Orson Welles. Faire les deux en même temps, c'est encore mieux.

SKORECKI Louis

Nenhum comentário:

Arquivo do blog