segunda-feira, 14 de setembro de 2015

City Hall, Canal +, 22h20.

LOUIS SKORECKI 23 AVRIL 1998 À 23:29

Depuis Marble Index et surtout Onion Field (Tueur de flics), on sait que le talent d'Harold Becker est bel et bien réel. Sans être un chef d'oeuvre, City Hall se distingue dans le désert hollywoodien par sa modernité modeste, une manière éclatée de disséminer ses personnages, à l'image des schémas télé inventés par Steven Bochco dans ses nombreuses séries, de Furillo à NYPD Blue en passant par la Loi de Los Angeles ou Murder One. Ici, à travers l'amitié mouvementée d'un maire libéral (Al Pacino) et de son adjoint admiratif (John Cusack), on découvre un New York inattendu, ses rites, ses cérémonies, ses minorités, ses discours, ses codes. A l'image du Spencer Tracy fordien de la Dernière fanfare, l'intégrité d'Al Pacino résiste aux révélations, aux salissures, au réel. On admirera ici la belle monotonie des histoires qui savent prendre leur temps, un mépris des dynamiques artificielles et autres effets spéciaux psychologiques à la mode depuis une bonne dizaine d'années. Il est intéressant de comparer le monolithique City Hall au plus «subtil» En route vers Manhattan, programmé lui aussi sur Canal Plus aujourd'hui. Patience de Becker, fébrilité de Greg Mottola, typiquement world cinéma. On choisira.

Le cinéma est affaire d'irradiation lente et non de précipitation, contrairement à ces troupeaux de films occupés à faire de la publicité pour leurs personnages. Comme si le film n'était plus que la bande annonce d'un autre film qui ne viendra jamais, un film où on aurait pris le temps du risque. L'essentiel, cette sorte d'arrêt sur image émotif où l'espace entre l'acteur et le personnage se creuse, il n'y a plus que quelques égarés hollywoodiens comme Harold Becker pour en faire encore l'expérience. Il y a près de vingt ans, dans ses deux polars outrageusement violents et sentimentaux, Joseph Wambaugh, ancien flic viré scénariste télé et écrivain, lui avait indiqué la voie. Becker n'a rien oublié de cette incursion dans le réalisme onirique. Ses fantômes ont de l'épaisseur. Ils marchent droit.

SKORECKI Louis

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