quinta-feira, 10 de setembro de 2015

Clash by Night

LOUIS SKORECKI 13 JUIN 2002 À 23:55

Ciné Classics, 20 h 45.

La vieillesse commence tard pour les artistes, surtout pour les cinéastes. Pas pour Fritz Lang. Il a 62 ans quand il met en scène Clash by Night (Le démon s'éveille la nuit), et une quinzaine de somptueux films hollywoodiens derrière lui. Dans huit ans, dans huit films, ce sera fini. Le vieux Lang en aura terminé avec le cinéma. Il lui restera pas loin de vingt ans à ne pas faire de films, vingt ans qu'il occupera à penser à autre chose. Un cinéaste peut-il penser à autre chose ? S'il s'appelle Fritz Lang, il peut tout faire. Même ne pas penser au cinéma, il peut le faire. Il l'a rêvé, il l'a fait. Avant Clash by Night, il s'était amusé à explorer tous les genres, du mélodrame social au film policier, en passant par le western, genre épique par excellence. Il a aussi mélangé les genres. Dès qu'il l'a pu, il l'a fait. Difficile de dire à quelle catégorie appartient Clash by Night, portrait croisé de plusieurs vies, croisement inattendu de personnages pittoresques dans un petit port de pêche tout aussi pittoresque. C'est une oeuvre inclassable, parcourue de zébrures néoréalistes tardives, les plus belles, les plus inconséquentes, un film qui surfe à l'américaine entre documentaire et fiction, avant que cela devienne une mode paresseuse dans la vieille Europe fatiguée.

Clash by Night, c'est Stromboli revu par Hollywood. Trois ou quatre ans plus tôt, Rossellini lançait ses thons dans les filets sauvages des pêcheurs siciliens pour un holocauste rituel et dérisoire. Lang, lui, se contente de filmer la mise en boîte industrielle de millions de sardines, dans l'usine de conditionnement où travaille une jolie blonde aux fesses potelées. Les sardines frétillent, les fesses ont du mal à se cacher dans les plis du jean trop large. Quand on s'appelle Marilyn Monroe, c'est comme ça, on n'a pas besoin de se coudre le jean à même la peau comme les pétasses du XXIe siècle. Plus elle flotte dans son jean, comme Charlot dans ses guenilles XXXL, plus on a envie d'y mettre la main. Barbara Stanwyck, Paul Douglas, Robert Ryan ont beau se tromper d'amour, rusant comme ils peuvent avec leurs désirs, on ne voit que Marilyn. Son cul, ses seins, ses yeux. Jamais elle n'a été aussi belle. Dieu, qu'elle est jeune.

SKORECKI Louis

Nenhum comentário:

Arquivo do blog