quarta-feira, 2 de setembro de 2015

Cuisine et Dépendances

LOUIS SKORECKI 3 SEPTEMBRE 2002 À 00:51

Cinéfaz, 22 h 25.

Suicidé de la vie, c'est un métier. Ça prend des dizaines d'années, qu'on soit garçon de café, sociologue de banlieue, folle tordue ­ Français de la France profonde, en un mot. Se tuer au ralenti, se trucider à vitesse lente, cela demande une vraie technique, un vrai coup de poignet. Les dialogues acides et nerveux de Jean-Pierre Bacri et d'Agnès Jaoui ne cessent, depuis au moins dix ans, disons depuis Cuisine et Dépendances (Philippe Muyl, 1992), de décrypter avec une rare finesse le monde des résignés, des amers, des atrabilaires. On s'y suicide à l'oxygène pur, au tabac blond ultraléger, à la pollution urbaine. Comme dans tous les autres scénarios de cette paire de caricaturistes obsessionnels de l'âme profonde du peuple hexagonal, Un air de famille (1996), On connaît la chanson (1997), le Goût des autres (1999), «comédies au noir» où l'on «préfère prendre le parti de nous faire rire de nos mesquineries et de nos lâchetés» ­- pour reprendre la terminologie protocolaire et compassionnelle de Claude Bouniq-Mercier, dans le Guide des films dirigé par l'excellent Jean Tulard (Bouquins, Robert Laffont) -­, le moins qu'on puisse dire, c'est que les blessures secrètes et les failles intimes des déçus de la vie leur font un mal de chien.

Aura-t-on compris dans quelle pauvre estime on tient ici tous les Bacri/Jaoui du cinéma français ? Il a été bon acteur chez Arcady (dont on continue à sous-estimer les premiers films), elle est étrangement sous-employée dans le cinéma français, mais les talents conjugués de Bacri et Jaoui mettent pour le moins mal à l'aise. Rit-on des autres ou de soi-même dans ces films nauséeux qui font de l'oeil à Molière, mais en louchant ? Le pire, dans Cuisine et Dépendances, un film qui n'a même pas l'audace frontale de sa théâtralité, c'est évidemment le personnage de l'idiot intelligent, celui qui n'en pense pas moins, joué ici comme quatre ans plus tard dans Un air de famille par Jean-Pierre Darroussin. L'autre est le même, comme dit l'autre, d'un rire mal assuré. Vous avez dit populisme ?

Demain, c'est le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain. On va rigoler en famille, c'est sûr. Et si c'était un bon film ?.

SKORECKI Louis

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