quarta-feira, 2 de setembro de 2015

David Golder

LOUIS SKORECKI 5 DÉCEMBRE 2002 À 02:01

Ciné Cinéma Classic, 22 h 20.

Le plus triste, avec Duvivier, c'est que ce grand artisan de l'imaginaire populaire serve aujourd'hui de référent à deux ou trois générations de cinéastes étroitement conservateurs : Goretta, Girod, Tavernier, Corneau, Gans, Bouhnik, et surtout Pialat, persuadés comme beaucoup d'analystes imbéciles que c'est la Nouvelle Vague qui a enterré la tradition du cinéma français de genre. A voir la liste des navets franchouillards de Jean Delannoy, Denys de La Patellière, ou Gilles Grangier qui asphyxiaient la France des années pré-Nouvelle Vague, presque toujours interprétés par l'increvable Gabin, gentleman-farmer du pire cinéma français, on se dit que les jeunes Godard, Rohmer, Rivette, Chabrol ou Moullet apportaient au moins une bouffée d'air frais à ces années mal dépétainisées. Ne pas oublier qu'avant de devenir le truand multirediffusé du prime time, le jeune Gabin était beau comme un dieu, souple et magique comme une liane. C'était le James Cagney du cinéma français.

David Golder (1930) est le premier des sept films que Duvivier et Harry Baur, le plus grand acteur français, tourneront ensemble. Les deux hommes avaient en commun un sale caractère et une misanthropie à toute épreuve. Sur ses vieux jours, le cinéaste préférera toujours manger des nouilles froides sur le plateau plutôt que de frayer à la cantine avec la grande famille du cinéma. Mélodrame d'une affreuse noirceur, entièrement bâti autour de la figure de l'homme d'affaires juif David Golder, le film va comme un gant à Duvivier et Harry Baur. Dans son livre très documenté en deux volumes, Julien Duvivier (l'Harmattan), Eric Bonnefille explique intelligemment que cette histoire de banquier polonais était l'un des rares films non antisémites de l'époque. Une autre raison de l'aimer, c'est que les femmes y sont pires que les hommes. Ne pas dire du mal des juifs au moment où se prépare la solution finale, et ne pas épargner les salopes, ça mérite un coup de chapeau. Colette, fine mouche, adorait le film.

SKORECKI Louis

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