quarta-feira, 2 de setembro de 2015

Délits flagrants. Arte. 22h35.

LOUIS SKORECKI 1 SEPTEMBRE 1997 À 09:50

En 1980, quand Raymond Depardon commence au grand jour sa curieuse carrière de cinéaste (avec San Clemente et surtout Reporters), il filme en fait déjà depuis près de vingt ans. Après quelques courts métrages et reportages pour la télévision entre 1963 et 1973, il réalise un premier vrai coup de maître l'année suivante avec 50,81%, un reportage vérité sur la campagne présidentielle de Giscard d'Estaing, tellement criant de confidentialité étalée au grand jour que le Président, dès qu'il est élu, s'avise d'«interdire» sa sortie en salles. C'est seulement en 1979 que Numéro zéro, le deuxième long métrage de Depardon, tourné deux ans plus tôt sur la naissance du Matin de Paris, expose enfin le talent singulier de ce capteur du réel, dont l'art, on ne cessera de le voir au cours des ans, consiste à se rendre aussi invisible qu'il est possible, homme-caméra-magnétophone capable d'enregistrer au plus intime de leur comportement des hommes et des femmes qu'il prend soin de toujours situer précisément dans leur environnement social. On pourrait dire, rétrospectivement, que cet art patient était déjà à l'oeuvre dans le travail de Depardon photographe. Reconnu depuis ses débuts en 1958 à 16 ans comme un excellent photographe d'actualité, il deviendra vite ce rigoureux capteur de clichés sociaux ou «politiques», cofondateur, dès 1967, de la célèbre agence Gamma . Depardon aligne, entre 1982 avec Reporters et ce très rigoureux Délits flagrants en1994 auquel on pourrait seulement reprocher une certaine paresse de style, une belle série de «reportages intimes» dont les étapes les plus convaincantes sont Faits divers (1983) et surtout Urgence (1988). L'art de Depardon fait reculer sans cesse les maigres frontières entre documentaire et fiction. En inventant pour nous, en direct, des mini-drames et des tranches de mélo prises sur le vif, il est l'un des premiers cinéastes, dans la mouvance historiquement si importante de Robert Flaherty (Nanouk l'Eskimo) et de Jean Rouch (Moi, un Noir) à avoir donné au «reportage» ses lettres de noblesse.

SKORECKI Louis

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