quarta-feira, 2 de setembro de 2015

Doctor Bull

01/10/2004 à 02h22

SKORECKI Louis

Quand la mélancolie zèbre la bonne humeur sudiste de ses accès de tristesse, ça donne quoi ? Une trilogie fordienne formidable (1933-1935), la plus inattendue, la plus libre, qui envisage chaque film comme une partition, une chanson populaire, sur laquelle l'acteur improviserait, au lieu des solos de saxo, quelques apartés vacillants. L'acteur qui tient ici lieu de saxophoniste, c'est Will Rogers. Imaginez un James Stewart chiffonné, un Charles Laughton maigrichon, et vous aurez une idée de l'allure de Will Rogers.

Doctor Bull est le premier film de Ford et Will Rogers. Il commence par un léger panoramique (droite/gauche) dans une petite gare, juste assez pour accueillir le train qui arrive dans la neige. On sait déjà que ce cinéma est celui de Lumière, ce que confirmera quelques minutes plus tard le pano inverse (gauche/droite), assez précis pour se fixer sur l'église du village, aussi blanche et fordienne que possible. L'ambiance douce, presque chuchotée, de cette comédie philanthropique paresseuse sur le bon docteur Bull, n'est pas sans annoncer le chef-d'oeuvre de Jacques Tourneur, Stars in My Crown, qui ne viendra que vingt ans plus tard. On est en bonne compagnie, d'autant que Will Rogers est accompagné d'un autre acteur américain presque aussi légendaire, Andy Devine (1905-1977), colosse à la curieuse voix éraillée de nègre blanc. Andy Devine a tourné avec tout le monde, Hawks, Dwan, Tourneur, Ludwig, Henry King, Wellman, Cukor, et bien sûr John Ford : Stagecoach, les Deux Cavaliers, et surtout L'homme qui tua Liberty Valance. On parlera dans deux ou trois jours du dernier volet de cette trilogie, Steamboat 'Round the Bend. C'est le plus beau. Il y a même des chances que ce soit carrément le plus beau Ford. Si vous n'êtes pas devant votre télé lundi, à 22 h 05, je ne vous parle plus. Vous vous en foutez ? Moi aussi.

Nenhum comentário:

Arquivo do blog