segunda-feira, 7 de setembro de 2015

Dylan au sombre héros

LOUIS SKORECKI 29 NOVEMBRE 2002 À 01:55

Le Dylan grandiose et baroque du milieu des années 70, celui de la Rolling Thunder Review, anticipation du sinistre Never Ending Tour, réapparaît ces jours-ci sous trois formes, trois déguisements différents.

Démoniaque. D'abord l'édition semi-clandestine de la version intégrale de Renaldo and Clara, l'un des films essentiels de la seconde moitié du siècle dernier. Dylan s'y présente masqué, coiffé d'un sombrero à plumes, dans des versions country tour à tour sombres et sautillantes de ses chansons de l'époque. C'est un cut-up surréaliste de scènes formidablement bavardes et elliptiques, dans lesquelles interviennent ses deux muses (sa femme Sara et Joan Baez), son double démoniaque (Bob Neuwirth), quelques allégories ginsbergiennes ­ et même un faux Dylan sorti tout droit de Pull My Daisy, le chef-d'oeuvre de Robert Frank et Jack Kerouac. Ensuite, un fabuleux DVD (Tangled Up In Blue, Isis), remix de deux des plus belles chansons de Renaldo and Clara d'un étonnant dynamisme surround, qui vient en bonus du très attendu Bob Dylan, live, 1975, le volume V des «bootlegs» officiels de Columbia.

Et enfin la réédition de On The Road With Bob Dylan (Three Rivers Press), le livre poignant de Larry «Ratso» Sloman, seul témoignage sur ces années de tournées non-stop (et peut-être le meilleur livre tout court sur Dylan).

Avec Renaldo and Clara, Dylan est à l'évidence l'un des derniers contrebandiers de l'image, sauvage, lyrique, warholien, un cinéaste et rien d'autre. Ni les Américains, persuadés que Paul Newman (Rachel, Rachel, Shadow Box) a passé sa vie à vendre de la vinaigrette, ni les Français, convaincus que Cassavetes, caricature emphatique de Paul Newman, fait le même métier que lui, ne s'en sont encore rendu compte. Renaldo and Clara était invisible depuis sa sortie, même en version courte. On le trouve aujourd'hui (en video ou en VCD, format qui se lit sur ordinateur ou sur lecteur DVD), dans deux ou trois bonnes librairies parisiennes. Cette version intégrale de près de quatre heures n'est pas un de ces faux collectors qui inondent le marché, estampillés «director's cut», avec deux ou trois scènes de trente-huit secondes rajoutées à la dernière minute. Il s'agit bien de la version d'origine, la vraie, sortie il y a près de trente ans dans l'indifférence générale. Même les fans les plus enragés, ceux qui allaient au même moment applaudir le pire Dylan dans des concerts calamiteux, boudèrent le film. Si le mot «poésie» ne sonnait pas si faux, on dirait qu'il sonne juste, pour une fois.

Duo. A noter qu'on retrouve Bob Dylan dans Johnny Cash, The Man-His World-His Music. Il chante juste une chanson, un duo avec l'homme en noir, mais cette petite merveille de la période Nashville Skyline vaut le détour. On est en 1968, Dylan sort de sa première cure de désintoxication. A la voix comme à l'image, il est méconnaissable.

Louis SKORECKI

Bob Dylan Live 1975 (Columbia), 29 euros ; Renaldo and Clara (pirate), de 20 à 30 euros ; Johnny Cash, The Man, His World, His Music (Cherry Red/Socadisc), 25 euros.

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