segunda-feira, 7 de setembro de 2015

Dylan l'intouchable

LOUIS SKORECKI 9 NOVEMBRE 2005 À 04:28

Docu. Scorsese ne réussit pas à sonder l'âme du chanteur.

On attend Dylan. Il n'arrive pas, il n'arrive jamais. Avec son très médiatisé No Direction Home, cut-up à la gloire du maître en forme de road-movie interminable (trois heures et demie, seul le fan absolu s'y risquerait), Martin Scorsese rate lui aussi le rendez-vous. I'm Not There (I'm Gone), chante Dylan dans un inédit des Basement Tapes, une merveille qu'on ne trouve qu'en pirate (dylanblues.espanet.com). Je ne suis pas là, je suis ailleurs, je suis parti. S'il n'est pas là, comment l'attraper ? Il y a eu plusieurs films sur Dylan, à commencer par Don't Look Back de Pennebaker, sur la tournée anglaise de 1965 : Dylan est attendu comme le messie rock, il initie Lennon et Jagger aux amphétamines, à la cocaïne, à l'héroïne. Difficile à croire, mais ces deux-là savaient à peine fumer un joint. Egotisme, autisme, beauté fauve, le jeune Dylan crevait l'écran. Maigre et malade, usé par la vie, il crève encore l'écran, mais d'une autre manière, plus sentimentale. Le seul intérêt de No Direction Home (quelques mots de Like A Rolling Stone qui signifient «où est le chemin de la maison ?»), ce sont les confessions de Dylan, filmées par Jeff Rosen, son businessman, son âme damnée, celui qui veille sur les archives. Il a livré à Scorsese des heures de confessions-caméra, couleur bleu nuit, qui servent de fil rouge à tout le reste (concerts, chansons), en noir et blanc. Surfant sur le succès du premier volume de ses Chroniques, Dylan étonne par une franchise très élaborée, très mise en scène, qu'on ne lui connaissait pas dans ses années de gouape mythomane (1962-1968).

Dylan a toujours été son meilleur biographe. Eat the Document, réponse en forme de contre-film à Don't Look Back (qu'il détestait parce qu'il n'avait pu contrôler son image) et surtout Renaldo and Clara, formidable autobiographie de plus de quatre heures, prouvent son sens absolu du cinéma. Disciple du système Warhol, Dylan a longtemps pensé engager une équipe pour le filmer vingt-quatre heures sur vingt-quatre. S'il a abandonné l'idée, il en est resté quelque chose. Pas un hasard si tant de documents (films, photos) le montrent à chaque minute de ses différentes transmutations. Aucun chanteur, aucun artiste (même Warhol) n'a autant mis en scène (directement ou indirectement) ses propres images. En attendant le film de Todd Haynes (une fiction, avec pas moins de sept acteurs pour jouer Dylan), le fan se contentera du ramassis d'images obscurantiste de Scorsese (préférer le DVD, ou le CD du même titre, avec chansons bonus), dont le pitch tient en une phrase : Dylan est encore plus indécidable et mystérieux que vous ne le pensiez. Pas possible.

Louis SKORECKI

CANAL +, 22 h 40. «No Direction Home : Bob Dylan», un documentaire de Martin Scorsese.

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