segunda-feira, 7 de setembro de 2015

Elle et Lui

LOUIS SKORECKI 5 NOVEMBRE 2002 À 01:39

Ciné cinéma classics, 16 h 05.

Celui-là, c'est le premier. Au moment de la sortie d'Au plus près du paradis, la comédie de Tonie Marshall qui se branche directement sur le second (comme si c'était une prise de courant), revenir à l'original n'est pas forcément une mauvaise idée. En américain, le premier Elle et Lui se dit Love Affair. Comme titre programmatique, on ne fait pas mieux. Savoir qu'à New York ou Boston, le second Elle et Lui, celui que McCarey concocte en 1957, soit vingt ans plus tard, sur des dialogues presque chantés de Delmer Daves, affiche une jolie distance avec l'original, et ceci dès son titre, An Affair to Remember, qui veut dire à la fois que c'est une histoire d'amour inoubliable, et un premier film que personne, McCarey en tête, n'oubliera jamais. On appelle ça du second degré. Malgré les yeux pétillants et l'humour gamin de Cary Grant, malgré la beauté radieuse de Deborah Kerr, An Affair to Remember s'emploie surtout à mettre à distance le premier Love Affair. Pour un peu, on dirait qu'il s'est donné pour programme de le parodier.

1938. Le premier ordre qu'un cinéaste américain se doit de donner à un spectateur américain, c'est de rire. McCarey est un bon Américain. Il faut aimer, il faut rire. Oublier ce qui se prépare, c'est un ordre. La guerre, pour les autres, c'est dans quelques mois. Pas pour l'Amérique. Peut-être jamais pour l'Amérique. Qui sait ? Rappelez-vous, l'Amérique. Remember America. This is An Affair to Remember. Charles Boyer, plus archaïque que Cary Grant. Irene Dunne, moins troublante que Deborah Kerr, mais avec un chien fou. Champagne pour tout le monde. Noir et blanc stylisé, pétillant, signé Rudolph Maté. Vingt ans encore avant que le cinéma ne joue à cache-cache avec la télévision. Vingt ans de glamour. Le réalisme, c'est pour dans vingt ans. Gagner du temps. Profiter de l'amour. Profiter des accidents d'amour. Un accident d'amour, c'est encore l'amour. L'intrusion du réalisme, comme celle du second degré, c'est pour dans vingt ans. Vingt ans, une éternité.

SKORECKI Louis

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