quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Entre cinéma et témoignages, la course des frères et soeurs de la zone : ""Tous les garçons et les filles de leur âge"" / ""Frères""

16/12/1994 à 23h34

SKORECKI Louis

Arte, 20h40, film

La saga de «Tous les garçons et les filles de leur âge» s'achève aujourd'hui avec «Frères» , le neuvième et dernier épisode de la série. Les années traitées étant de plus en plus récentes, Frères se passe quasiment de nos jours (en 1990 exactement). L'âge du cinéaste s'abaissant d'épisode en épisode, on en arrive à un cinéaste très jeune, Olivier Dahan, dont l'expérience est réduite à quelques vidéoclips pour Bandit Production, la société de Jean-Baptiste Mondino. On ne s'étonne pas, dans ces conditions, de se trouver confronté à un film lui-même plus adolescent, moins abouti, comme c'était déjà le cas pour l'Incruste, d'Emilie Deleuze. Mais ces deux films, parce qu'ils sont symptomatiques, sont passionnants à regarder en dépit de leurs défauts flagrants, frime et maladresse.

Dès le début, Olivier Dahan annonce la mise: aux couleurs saturées d'un travelling succède une interview morcelée, en noir et blanc translucide, d'un très jeune garçon. Il parle de la zone, des difficultés à vivre, dans un style documentaire brut. L'histoire que nous raconte Dahan sera, jusqu'à la fin, entrecoupée de ces bribes de document sauvage.

Dans une voiture qui roule, un revolver passe de main en main. On s'engueule, le revolver part. Il y a un mort. Le cadavre et le gamin qui a tiré, par accident, sont balancés sur le trottoir. Le gamin s'appelle Zakari (Nabil El Bouhari) et sa vie va devenir un cauchemar.

Pendant que le gamin court se cacher, sa soeur, Max Laure, une junkie au visage creusé, jouée de manière furieuse par Véronique Octon, cherche de l'argent pour se payer une dose. Un second témoignage en noir et blanc, celui d'Anis, vient court-circuiter la fiction. On y parle des riches et des pauvres, et puis, clac, retour couleur à la fiction: Max Laure s'est réfugiée avec son frère chez un jeune peintre, Marco (Romain Duris).

Billie Holiday en contrepoint Troisième témoignage, celui de Mehdi, qui veut être riche, se payer une Mercedes, offrir des trucs à ses parents. Témoignages filmés par Olivier Dahan comme autant de halètements qui ponctuent la course à l'enfant.

Maintenant, l'enfant s'est enfui et il est recherché à la fois par Max Laure, qui veut le sauver, et par les frères du mort.

Max Laure n'a plus d'argent et négocie avec le dealer. Elle est prête à tout: «Je fais ce que tu veux. Comme d'habitude.»

Les poursuivants se sont emparés de Marco. Ils veulent savoir où est Max Laure. Elle commence à se planquer elle aussi et demande à Maya (Maureen Diot), sa copine, de chercher Zak. Deux portraits plus tard, les couleurs reviennent.

Ils ont retrouvé Max Laure! Les hurlements et les agressions verbales reprennent tandis que Billie Holiday, en contrepoint, vient supplier que Dieu bénisse l'enfant (God bless the child). La caméra devient ivre et les images de plus en plus speed. En parallèle à la course à l'enfant, Olivier Dahan a imaginé une seconde course, aussi meurtrière, la «roulette rouge». Il s'agit pour deux voitures de foncer en grillant les feux rouges les plus dangereux. Et c'est le grand frère de Zak qui y joue, espérant gagner assez d'argent pour quitter la zone et rejoindre Marseille.

Olivier Dahan réussit bien à opposer, dans un montage très sec, la course de voitures et la course à l'enfant. L'un des deux, le gamin ou le grand frère, doit mourir.

Louis SKORECKI

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