segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Esther Kahn (1)

LOUIS SKORECKI 17 JANVIER 2003 À 21:52

00 h 15 Ciné cinéma émotion

Truffaut, c'est le nom de code du cinéma français. Les cinéastes n'ont le plus souvent que Godard à la bouche, mais c'est à Truffaut qu'ils pensent en secret, même sans le savoir. En dépit de ses audaces formelles (une audace formelle est-elle une audace, au fait ?), Esther Kahn tient davantage de l'Enfant sauvage, de la Chambre verte, ou même de l'Histoire d'Adèle H (pour sa solennité costumée) que d'un de ces Godard romantiques qui font de l'inachèvement en boucle leur obsession. Quelle honte y aurait-il, après tout, à être truffaldien ? Le mot n'est pas joli, mais il ajoute quelque chose comme une dimension wildienne à l'impersonnalité surtravaillée du grand maître de l'auteurisme à la française.

Esther Kahn est un film sombre, qui vaut mieux que la généalogie maniériste qui le fonde. N'empêche. Se laisser aller à sa seule face obscure, c'est céder à l'hystérie en tant qu'elle serait la clé de la vie. Si le maître se cherche un maître (une hystérique, évidemment, bien décidée à lui apprendre ce qu'il ne sait pas encore ­ et qui fera de lui un maître, précisément), n'est pas Freud qui veut. Par un joli tour de passe-passe, qui convaincra plutôt les jeunes filles (ou ceux qui s'identifient à elles), le metteur en scène Desplechin fait mine de se laisser mener par son personnage (Esther) et par son actrice (Summer Phoenix). La vraie question que pose Esther Kahn, la seule, c'est la question juive. Choisir des acteurs goys pour jouer des juifs, c'est prendre d'abord le parti de la stylisation, c'est-à-dire du théâtre. C'est préférer la distance du cinéma de fiction au documentaire ou à l'autobiographie. Mais quand c'est Arnaud Desplechin (pas exactement un juif), qui choisit des goys (le curieux Ian Holm, la petite Phoenix, le merveilleux Lazlo Szabo) pour jouer des juifs, ça donne un film qui pose question. On essayera d'y répondre, dès lundi, avec ces mots passés de mode. C'est le moment ou jamais.

SKORECKI Louis

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