segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Esther Kahn (2)

LOUIS SKORECKI 20 JANVIER 2003 À 21:54

Ciné Cinéma Emotion, 13 h 40.

Il y a un mystère Esther Kahn. Pas un manque à combler, ni une manière de mélancolie dont on chercherait en vain l'origine. Le mystère d'Esther, c'est celui de sa création. Qui l'a faite femme, qui l'a faite juive ? Un imbécile dirait que c'est Arnaud Desplechin. Il dirait que le cinéaste est tombé amoureux d'un roman qui raconte l'initiation (à la vie, au théâtre) d'une jeune actrice anglaise, et qu'il en a fait un film. Oui, mais pourquoi une jeune juive, à Londres, au XIXe siècle ? Un crétin dirait que c'est ce qu'il y a dans le livre, donc dans le film. Sans trop insister sur le fait qu'un livre, ça se déplace, ça s'adapte (on dit même que ça se trahit, par fidélité), on revient à la question, la seule question qui sous-tend le mystère d'Esther : pourquoi un cinéaste se lance-t-il tête baissée (comme pour ne pas voir ce qu'il fait, une des conditions essentielles de la création) dans une histoire qui lui est forcément étrangère (il n'est ni juif, ni anglais, ni femme) ? Le crétin répondra que, justement, plus une histoire nous est étrangère, plus il faut l'explorer. Les crétins n'ont jamais réponse à rien.

Prenons Summer Phoenix, la jeune actrice américaine qui joue Esther, une jeune actrice anglaise aux portes de l'hystérie. Pourquoi prendre une Américaine pour jouer une Anglaise ? Pourquoi une goy pour jouer une juive ? Imaginons l'histoire à Paris. ça ressemblerait à une variation sur l'Atelier de Jean-Claude Grumberg. Pas du tout son truc, à Desplechin. Trop français, trop pittoresque, trop larmoyant, trop juif. Et si le vrai sujet d'Esther Kahn n'était autre que l'exotisme ? Faire un tour en charter-cinéma chez les femmes, les Anglaises, les juives, juste pour voir. Prendre une petite Américaine, une WASP, et la rendre plus juive que ma grand-mère. Si Desplechin, en accouchant de son film, s'était libéré d'un dibbouk, il ne s'y serait pas pris autrement. Alors ? La réponse dans huit jours.

(A suivre)

SKORECKI Louis

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