segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Esther Kahn (3)

LOUIS SKORECKI 28 JANVIER 2003 À 22:01

Ciné cinéma émotion, 15 h 15

Dans le personnage d'Esther Kahn, c'est-à-dire de Summer Phoenix, la belle actrice qui illumine le film de Desplechin (de loin son meilleur, même s'il laisse sur sa faim), il y a quelque chose de l'Enfant sauvage de Truffaut. Même les crétins s'en sont aperçus, c'est dire. Mais Esther, la petite juive du film, c'est l'enfant de qui, exactement ? Se rappeler que l'identité d'un personnage, qu'elle soit religieuse, ethnique, ou même sexuelle, a toujours fasciné les cinéastes. Depuis Lumière et Dreyer, le cinéma ne s'envisage qu'en tant que dévoilement, surgissement de l'être, apparition. La seule question, pour les cinéastes de la transcendance (Bresson, Brisseau, Pialat), n'est pas l'apparition en elle-même, c'est la question du «Qui va là ?» «Qui parle ?» C'est la seule question qui obsède les magiciens de la scène, de Shakespeare (Macbeth) à Jean-Marie Patte (la Comédie de Macbeth), en passant évidemment par Molière (Don Juan).

De quel travail, de quelle obsession, s'agit-il dans Esther Kahn ? Penser au transformisme. Penser aux travelos des comédies à la mode. Penser surtout à Emmett Miller, le dernier des blacks minstrels, ces Blancs outrageusement grimés en noir, dont Nick Tosches parle si mal dans Blackface (Allia). Derrière le brou de noix, il y a la voix de fausset blanc, plus noire que noire.

D'où vient-elle, cette voix ? Ecouter Minstrel Man From Georgia (Columbia Legacy), juste pour voir. La voix d'un mort, d'un fantôme, ou quoi ? Pourquoi tant de travail (c'était si simple de prendre une jolie juive) pour transformer Summer Phoenix en... En quoi, au fait ? Isaac Bashevis Singer saurait répondre. Il ne se gênait pas pour parler d'un «nez crochu, un vrai nez de juif». Il saurait expliquer pourquoi (et comment) Arnaud Desplechin sait si bien transformer la ravissante Summer Phoenix en petite juive débarquée de son shtetl. Pas nous. Même sous la torture, on ne parlera pas.

SKORECKI Louis

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