segunda-feira, 7 de setembro de 2015

Fleurs d'équinoxe. Cinétoile, 21 h 15.

LOUIS SKORECKI 9 JUILLET 1999 À 23:46

Marguerite Duras adorait Ozu et Tati. En les aimant ensemble, à sa manière sublimement irréfléchie, elle nous a montré à quel point ils se ressemblaient. Entre le comique zen et la pure émotion du gag, deux passions aussi muettes l'une que l'autre, surgit une même filiation silencieuse, cousue du fil blanc des grands burlesques ­ quelque chose comme un désordre mis au pas, une poétique de l'espace, une calligraphie des sentiments intérieurs, un véritable art de l'auto-effacement. A peine un regard, pas même un clin d'oeil. Un battement de paupière célibataire, alors? Lire ici l'hermétique passion de la déchirure, la contradiction assumée, la lassitude, l'affect. Dans Fleurs d'équinoxe, comme dans tous les Ozu tardifs, une mélancolie mortelle est à l'oeuvre, qui n'arrête pas de tracer un seul et même sillon, celui d'un inéluctable ordre des choses. Comme l'écrit un maître oriental dans une calligraphie porte-bonheur à l'intention d'un riche client: «Le grand père meurt, le père meurt, le fils meurt.» Au commanditaire qui s'indigne, le vieux sage fait remarquer que ce qui pourrait lui arriver de pire serait que son fils meure avant lui. L'ordre des choses, donc. Le problème, avec Ozu, c'est qu'il ne s'intéresse qu'au désordre, au père entretenu par sa fille trop grande, le cinéaste lui-même ayant passé toute sa vie avec sa vieille mère. Quelques mois après la mort de celle-ci, il meurt lui aussi. Infantilisme, régression, dolorisme.

On a longtemps cru qu'Ozu était trop japonais pour nous. Que nous n'y comprendrions jamais rien. Ozu, dans son minimalisme répétitif, est pourtant immédiatement assimilable. Sa tristesse régionale est communicative. Mizoguchi, au contraire, reste une énigme. Ses calligraphies hautaines sont aussi mystérieuses que les sonnets de Shakespeare. Pas moins infantile qu'Ozu, son cinéma s'avance masqué, à l'image de ces rôles de geishas qu'il interprétait dans sa jeunesse. Le modernisme d'Ozu, au contraire, évite l'ambiguïté, usant de la pauvreté stylistique comme d'un plus. Ancêtre du clip, son cinéma est consensuel. Il plaît à tout le monde. Pourquoi pas?

SKORECKI Louis

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